Archives pour la catégorie «Textes»

La déclaration d’intention

Mélancolie inversée, cailloux dans la poche, chien-loup qui court, misère disparue, appareil de lumière à rayons- je te vise, sublime éternité, arbres qui tombent sous la tempête, fleuves qui débordent, incendie dans le  ciel, la nuit tombe, le soleil plonge dans la mer, les étoiles s’installent comme des petites danseuses années folles, la lune grimpe sur le rideau qui change de couleur, jusqu’au noir, bleu de Prusse, rien ne compte plus rien ne compte, je ne vois que tes yeux et tes mains et puis je vois ta voix de loin, je suis convaincue. Je vois ton énergie, vibration cœur corps qui se déploie, ma main dans tes cheveux, matière parfaite, merveille du monde, les couleurs que l’on a choisi, assise sur la montagne, je vois la vallée, tu es dedans et tu marches, tu le sais que je te vois, je te vois, assise sur un rocher, je t’observe, tu es paysage dans le paysage,  je te vois depuis tout le temps, je te cours après mentalement, tu ne me connais pas, mais tu sais qui je suis, je te cherchais et je t’ai vu dans la plaine, enfin.

Je suis la force et la fragilité, l’alpha et l’oméga avec une chatte et des seins et un trou entre les fesses,  j’ai un couteau, une hache, un glaive et un loup caché dans les entrailles, j’aime la lune, je me transforme avec elle, énorme pierre parfaite qui vole dans l’espace. Je suis capable de  poser les armes contre un objet fort et dur pour te caresser, te caresser le visage, ta verticalité, ton horizontalité, les rondeurs de ton âme, ma force destructrice est équivalente à la force d’amour dont je suis capable, je suis une force de la nature, j’ai une armée en moi, je suis une déesse qui va mourir un jour, j’ai surpassé les typhons et les catastrophes, j’ai plié comme le roseau, je me suis modelé comme le galet, le galet : le galet sur le bord du lac, que l’on fourre dans sa poche en prévision du moment on le balancera d’un revers de coude et de doigts, le galet sautillera gaiement à surface de l’eau et faire un petit plongeon final, dans une certaine allégresse propre à la pierre.

J’ai rêvé de toi, j’étais en toi et tu entrais en moi, avec ton sexe et ta bouche, tes doigts accrochés à mes hanches, spectatrice endormie et pourtant j’étais investie dans chacune de tes cellules, mes paupières sursautées, rétine qui s’ouvre et se rétracte, sommeil paradoxal, bouts d’os articulés, chairs compilées et attachées les unes aux autres, le sang qui coule dans les rigoles, jusqu’à ta tête, ton corps et le bout de tes lèvres. Là, j’ai su que tu m’avais entendu, la main en coque de noix, près de ton oreille, tu as sursauté quand tu m’as entendu te chuchoter à l’oreille que j’étais arrivé.

Les mains ouvertes, je recueille la pluie qui tombe du ciel sur ma peau, j’ouvre mes pores, ma viande vivante, ma bidoche qui jouit, mon gras qui vibre,  elle dégouline sur les pointes de mes seins, ma chute, mes reins, entre les cuisses épaisses, je suis un vallon, des petits ruisseaux que l’on appellent désir, je ne vois que toi et tes membres, ton squelette, tes rêveries, ceux qui te protègent du dehors, personne ne viendra t’ouvrir en deux, à part moi, mais je viendrais me lover en toi  et je te confierais tout près du cœur  mes secrets, je n’aurais rien à te dire, des particules, des milliers de petits fils de soie chargés d’impulsions électriques tout autour de chacun de tes organes, je te prendrais du dedans, tu comprendras ce que tu sais déjà. La main fermée sur la pierre. Monstre bienveillant, mutante tendre.

Je te prendrais la main, sûrement, gentiment, je connais la valeur de la douleur, des tristesses et des abandons et qu’il faut être douce avec un animal sauvage. Je prendrais soin de toi, un genou à terre, ou debout, ou couchée, les bras en l’air en arcade inversée et emprisonner le soleil et t’offrir les lunes d’un coup de hanche, les satellites, les glaciers du ciel et de la terre.

Ne vois-tu pas que j’ai survécu pour aller à ta rencontre. Mélodie que je fredonne dans les landes.

Le retour

Ce matin, ce matin là, hier, hier je me suis reconnue. J’ai vu mon visage. D’abord la buée sur le miroir, que j’ai poussé sur les côtés d’un coup de paume de main droite, celle que je préfère, celle qui acte à côté de la gauche, la gauche qui se repose souvent, parce-qu’elle est du côté de mon cœur qui est fatigué.

Ce matin, je ne m’attendais pas à ça, je me suis vu, je me suis vu dans les yeux.

J’avais pourtant cherché longtemps où je pouvais bien être passé. Je m’étais rencontré vers 8 ans, dans le bassin en pierre, là où les dames lavaient les vêtements et les draps avant;  tremper les mains en papotant, j’aime bien ça, même si souvent je papotais seule. Il ne restait que des résidus de ces dames, moi je n’entendais que l’eau qui coule et ma voix dans ma tête.

Je me suis vu, après cette longue route, jonchée d’absences et d’abandons. Coque de bateau vide, personne à bord. Le pire abandon était le mien, de moi à moi, de moi pour moi. J’avais dit, j’avais dit « va-t-en, quitte le corps, moi je reste ici comme une colonne d’argile, je vais rajouter de l’argile encore  tout autour, qui durcira au contact de la lumière et de l’air et plus personne ne pourra nous toucher, je deviendrais énorme, repousser le périmètre et toi tu seras parti en lieu sûr ».

Ce pauvre corps à la con, que les gens touchaient par mesure d’affection sûrement, enfin je crois, se faire pincer la joue, je changeais de trottoir pour éviter le monsieur avec la toque en fourrure (je sais qu’il est mort maintenant, il ne pince plus rien ni personne), la grand-mère qui faisait des massages trop forts, parce-que ça va faire passer mon mal de tête, les piqûres des orties pour aller chercher des figues, ça gratte, ça brûle, mais j’ai des figues. Tomber, s’écorcher le genou, c’est rien, ça arrive quand on court. Dans l’immobilité il ne se passe rien.

Le garçon qui fourre sa langue dans ma bouche, le monsieur qui me chope et qui me fourre tout court, je ne suis plus vierge et je n’ai pas encore mon brevet des collèges.

Je suis seule, tu es en lieu sûre, tu es ailleurs, je ne sais pas où. Te reverrais-je un jour et est-ce qu’on sera ensemble ?

Les années ont passées. J’ai pris des coups de gueules, de coups de poings, pieds, tête projetée contre les sols, les portes, la queue qui fend en deux, le nez qui dégouline de sang, je n’avais pas le sens de l’orientation, je n’avais aucune idée d’où je pouvais aller sans toi et sans personne, j’étais partout sur des canapés et puis des tas de visages, de bites, des alcools, des danses frénétiques, les douleurs, recommencer à savoir comment ça marche le cœur, la mémoire, savoir gérer les larmes au fond de ma gorge. Transformer la tristesse en rage. La drogue c’est mal, mais ça aide à faire semblant d’être mort des fois, parce-que tu essaie juste d’être ici et trouver un sens dans un giratoire.

Sans toi je n’y arrivais plus. Il fallait que tu reviennes et que tu me pardonne.

Au départ tu revenais par bribes, des petits souvenirs diffus, dans le jardin, dans les odeurs, la feuille de pied de tomate que tu frottes entre tes doigts et provoquer l’émotion, les émotions que j’avais laissé partir avec toi, tu te souviens, j’avais pris soin de te faire un petit sac, remplis de toutes ces petites choses, celles qui font mal quand tu ne les partage avec personne.

L’amour, la tendresse.

Tout le monde est parti, brusquement, je n’ai pu assister à aucun départ, aucune mise en terre, tous ont été violents, brusques. « Rien n’est plus beau que les gens qui s’aiment » : mon cauchemar, ma déception directe. Arrachez moi de partout, je ne veux plus rien sentir, je suis une bête, un monstre, je hurle intérieurement dès que la lumière apparaît. Animal fauché en pleine course vers la forêt. Je voulais vivre dans une grotte et mourir seule, avec juste le bruit  des rigoles d’eau qui s’infiltrent, j’étais un animal blessé et j’avais la rage, je t’aurais mordu si tu étais revenu là. Tu le savais, je n’étais pas prête.

Mais à chaque fois, je t’ai sentie, tu voulais revenir et je ne t’ai pas laissé rentrer,  je ne voulais peut-être pas au fond? Je ne savais plus comment on faisait, « c’est trop tard ». J’ai été violente alors à mon tour, je t’ai détesté de me demander de me souvenir et de vouloir juste ça, juste vouloir. Je voulais que tu reviennes, mais je ne savais pas comment faire. Moi aussi je t’ai fait mal, pourtant je voulais te protéger.

Et puis.

Et puis un jour, j’ai laissé tomber.

J’ai laissé tomber et puis toi tu es revenue parce-qu’on allait crever pour de vrai, de la main de quelqu’un d’autre et ça.

Ça ce n’était pas possible, c’est toi qui l’as dit. Je ne vaux au final aucun sacrifice et surtout pas le notre.

Je crois que je t’ai vu devant la porte, avec ta robe à perles sur le grand col, il parait que j’aimais le rose, enfant.

Tu étais resté petite, 8 ans, douce et gentille avec tes longs cheveux.

La porte que j’ai réussi à franchir avec toi et puis on est parti ensemble dans le taxi et on ne savait pas bien où on allait aller ensemble, les lumières défilaient collées sur les immeubles et dans le ciel tout noir de Paris, le monsieur du taxi était gentil, on avait bien besoin de ça. Et puis après, toutes les deux on a fait en sorte d’être les plus fortes et si on n’y arrivait pas, on a eu de la chance, des gens qui ne vivaient pas en nous nous on aidé, parce-qu’ils savaient bien.

On a été les plus fortes. Parfois encore on s’écroule. Mais on est ensemble, on revient plus vite dans la vie.

Et puis donc ce matin là, je t’ai vu, je t’ai vu en vrai, dans les yeux. Mes yeux noirs, qui ont changé de couleur subitement, un éclair, une main qui s’agite au fond de la rétine, je t’ai reconnu, chaque traits, chaque vérités, chaque bout de la physionomie ; je t’ai vu et j’ai ressenti de la tendresse.

Je ne suis pas rentrée chez moi, je n’en avais pas, j’ai construis ma maison, mon nom, je suis là.

Et peut-être qu’un jour, on rencontrera quelqu’un qui saura bien ce que c’est et qu’on pourra lui expliquer que si on s’est accroché, c’est pour aller à sa rencontre.

Et s’il ne vient pas, tant pis, je suis là et je t’aime.

Chauve souris

Tout est bloqué, carotide gelée, rien rien rien, rien ne fonctionne perpétuellement. Juste par à coups, courant alternatif. Je reviens en aparté et puis un matin, c’est cassé ça débloque, je ne sais plus où est le bon mur où je suis censé me cogner. Je sors dans la rue, je tourne en rond dans le pâté de maison, moi-même je sens le pâté, y’a rien qui est digeste, tout est dégueulasse, je voudrais manger des trucs en cartons, des trucs sans goût, remplir le ventre de rien et puis tout vomir en papier mâché, et puis avec le papier vomimaché je construirais un grand château, j’aurais creusé des douves, c’est joli les tranchés, les armés en creusent toujours, et un pont levis, que je laisserais ouvert de temps en temps et puis je monterais dedans mon château, y’aurait des tourelles et puis je laisserais pousser mes cheveux pour les laisser traîner dehors que quelqu’un grimpe un jour à mon secours.

Mais non, bon, je sais qu’au final je le rejetterais par la fenêtre, il faudrait qu’il monte juste les escaliers doucement et qu’il demande à chaque étages s’il peut en monter un nouveau. Je dirais « oui d’accord, mais pas trop vite je suis émotive».

Le brusque et l’inattendu c’est romantique dans les livres, dans la vraie vie on a des emplois du temps qu’il ne faut pas déstabiliser sinon on fini au chômage ou avec la diarrhée.

Elle est gentille cette petite, elle a de beaux cheveux, mais seulement en extérieur. Dedans la maison c’est une sorcière, elle a des paroles qui poussent et elle aimerait bien se cacher derrière les contradictions, celles qui disent qu’elle est moche et jolie en même temps.

Rien rien rien, les mains se figent, la barrière se créée entre le bas du corps et le haut, une grosse frontière, on n’avance plus, ça ne sert à rien, un deux trois soleil, le soleil dans l’œil, je ne vois plus rien, je cours autours de la cage à écureuil, je veux grimper tout en haut de la cage et tenter d’essayer d’attraper le soleil pour le foutre dans la flaque et laisser la lune perpétuellement en l’air, ce serait la nuit, tous les chats sont gris, ce serait la nuit et tout le monde serait silence et dodo et alors moi je pourrais aller marcher dans les rues, tranquille, comme une chauve souris, je volerais de branche en branche, il ferait frais et je pousserais des petits cris sonars qui résonneraient contre les immeubles et les maisons, contre les arbres, les tractopelles. Mes petits cris iraient raisonner dans des trous en spirale, comme ça et ressortirais comme des tiges d’acier en panache.

L’angoisse c’est l’amour, l’amour c’est l’angoisse, tout le monde en parle et personne ne peut le saisir, ou tout du moins on pense qu’on l’a attrapé et puis c’est un vieux bouquet de fleurs qui se fane et pourtant tu auras essayé la javel et le sucre dedans l’eau pour que ça dure toujours.

Un jour je reviendrais, je reviendrais avec des tumultes aussi bref que mes respirations quand j’ai le souffle coupé par l’angoisse et la peur. J’irais en haut de la montagne et je plongerais toute nue dans une grosse mer de permanence, et je deviendrais un gros rocher, un pic dans la mer et les gens voudront nager jusqu’à moi et me grimper dessus pour faire bronzette sur moi et ils seront heureux et les siècles passeront tranquille et moi je serais dans la mer comme ça, comme une grosse géante figée mais qui s’en fou parce-qu’elle ne se souvient de rien et que juste elle est stable et forte, même si elle s’érode un peu avec les éléments, elle s’en fou si elle se brise des fois et que des bouts tombe dans l’eau.

Y’a sûrement un petit bout qui deviendrait un poisson content. Une chimie que des gens étudieraient un jour.

Regarde ! Un petit foulard qui vole !

La salope

Tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, pourquoi tu parles que de ça, pour quoi tu parles que de ça, pour quoi, pourquoi, pour-quoi, à quoi tu joues à quoi tu joues à quoi tu joues, je joues à rien, je ne sais pas faire autrement, j’en sais, rien, je divague, je me souviens, c’est comme ça que ça a toujours fonctionné chez nous, chez lui, chez eux et puis l’autre aussi et l’autre derrière qui n’en a pas l’air je t’assure, sans parler d’elle qui gueulait tout le temps et le grand final qui dérouillait par amour. Des fois je me lève le matin j’ai la rage, je m’énerve, je tape contre les murs, les murs dedans ma tête. Je grimpe dans ma tête, je grimpe par la petite échelle qui monte de ma chatte, en passant par le ventre, qui se fraye un petit chemin dans les organes, il pousse les intestins, le pancréas  et traverse dans le cœur trop gros, en bourrant le plexus solaire de bouts de coton en passant pour rigoler qu’est-ce qu’on se marre et provoquer les crises d’angoisse ; Enfin j’arrive à la tête, je fini en m’accrochant sur les bords de ma tête, en mode escalade Cliffhanger Sylvester Stallone la bouche de travers et j’arrive dedans et je tourne en rond, je tourne en rond et je racle les murs avec mes ongles et je donne des coups de pieds j’arrache des bouts et je fiche des coups de pieds, de poings, je crache contre les parois, je déteste ma tête, je déteste ma tête, je vous déteste, je me déteste, je les déteste, je déteste, je suis fatiguée de détester alors je déteste encore et encore, je hurle dedans comme une bête malade. Et surtout n’approche pas.

Il est où le petit lit dedans ma tête ? Avec la couette, je monterais dedans et puis je rabattrais la couette sur ma tête et puis il ferait chaud et noir et je ne verrais plus rien et ma tête arrêterait de cogiter comme une conne. Je ferais un gros dodo et je ne ferais de mal à rien, à personne.

Les bébés qui naissent ont besoin de caresses, les bébés qui naissent ont besoin d’intonations de voix gentilles, les enfants qui grandissent ont besoin de câlins, les enfants qui grandissent ont besoin qu’on leurs parlent comme à des petits oiseaux fragiles. Et si on n’en a pas, on se démerde sans, on se balade avec son caddie et on ramasse n’importe quoi qui ressemble à un truc qui brille.

Et après qu’est ce qu’on devient, quand est-ce que ça vient ?

Le monde c’est de la merde, il explose, il tranche, il découpe en morceaux, il perce les hymens de force, les culs, la bouche, le libre arbitre, il bourre de coups de poing dans la gueule, il détruit tout, il détruit tout.

Pourquoi tu te plains tout va bien, regarde la télévision tout va bien, va acheter des vêtements de marques bariolées, tout va bien, va manger des machins, pendant qu’on tranche la gorge des animaux et des gens, tout va bien, tout va bien. Papote en terrasse de tes peines de cœurs et aussi du travail que tu aurais bien aimé faire et là y’a que des têtes de mort qui te répondent, y’a que des futures cadavres. Arrête de faire chier avec ta dépression, prend du bon temps, trouve toi un mec, pars à la mer, achète toi des chaussures, dépêche toi de faire un enfant, tu vieillies.

Des flingues, des couteaux, des croix qui brûlent, des camions qui roulent sur les gens ou avec des gens dedans pour les déverser dans des trous, des trous énormes ou tout se décompose. La guerre et son industrie, les prisons et ses industries. « Machine » a fait une liposuccion, « Machin a fait un môme à Machine » et ils partent en vacances à la plage loin où y’a que de l’eau transparente et des requins, tes yeux dégouline de détresse mais tes sourcils sont tatoués, tu pourras sortir de l’eau avec tes beaux sourcils tatoués alors que tu as rasé les tiens parce-que tu ne les aime pas.

Les chairs, les organes, l’espoir, la vie elle-même, tout pourri au fond de la cuve.

« Un jour l’enfer sera rempli et les morts reviendront sur terre ».

Je ne dis pas, moi aussi j’ai dérouillé les autres, quand j’avais plus la force de m’en prendre à moi-même, sinon c’est simple j’aurais sauté du pont. Je les ai dérouillé, je les ai pris et retourné, j’ai cassé des gueules, des cœurs, des sourires, j’en ai mis des claques dans la gueule d’innocents, perverse et puis sadique, pour voir comment ça fait l’autre qui a mal à la place de toi pour changer. Genre je contrôle et je t’emmerde. Mais en fait ça sert à rien, de devenir méchante, ça fait mal surtout à toi, tu t’en fou de savoir que l’autre souffre, tout le monde souffre, laisse la vie faire, cette salope.

Ejac

J’ai jamais su dire pourquoi, j’ai jamais su dire pourquoi je n’avais aucune idée de ce que je pouvais bien faire ici, Je n’avais pas vraiment d’ambition quand à la teneur du courage, à savoir pourquoi il avait fallu reprendre la route, sur ce petit cours d’absence. Je ne savais pas pourquoi j’avais du refermer les mains sur un tas de souvenirs qui m’échappaient, j’avais préféré y mettre un terme en faisant tout un tas de choses absurdes comme me foutre en l’air à coups de bites ou bien de stupidités en bouteilles ou qui s’avalent dans un geste éreinté et sans mesures.

Les images de la télévision défilaient et je ne comprenais rien à rien. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ».

La première fois qu’on m’a pris un truc sans me demander mon avis gamine, je me suis demandé pourquoi les choses ne se passaient pas avec tendresse dans la vie, la première fois que j’ai pris un pain dans la gueule, je me suis demandé pourquoi la bienveillance n’est pas aussi naturelle qu’un soupir, la première fois qu’on m’a laissé tombé, je me suis demandé à quoi je pourrais bien me raccrocher.

Se raccrocher à rien, le néant, l’absence, la grosse flaque qui ressemble à un trou, si je me jette dedans le trou va se former, je pourrais alors trouver un bord, un bord où je pourrais accrocher mes mains et c’est sûr, quelqu’un va venir et me tendre la main.

Mais non, le sol est bien là, rien ne se dérobe en-dessous, le malheur est espiègle, il se cache derrière les arbres ou juste derrière tes cheveux et il sort comme le loup en fait « bouh », il t’attrape par les cheveux et  te prend par derrière que le sang gicle de ta chatte.

Il te tabasse à coups de pieds et de coups de poings et il te dit qu’il t’aime, t’es une grosse merde mais il t’aime, c’est juste que tu comprends tout de travers et que quand même c’est vraiment avec toi qu’il veut faire sa vie.

Papa était comme ça, il m’aimait, mais c’était une gentillesse hein, une faveur, parce-que quand même j’allais devenir pute.

Ce n’est pas possible autrement, il y a forcément une finalité. Une finalité aux gens qui se déplacent pour éviter de mourir ou devenir des esclaves, une finalité à devenir des machines à fric à grande vitesse avec le mal de dos, une finalité aux gamins que tu revends comme des choses, une finalité à savoir que quand tu seras vieux, il vaudra mieux être mort que demander la retraite et sans parler de l’enfance qu’on dit que c’est génial, mais que finalement il faut dire aux enfants de faire attention à ne pas perdre cette époque magique trop vite mais que c’est certain, un jour quelqu’un voudra enlever la culotte à ton enfance et te la virer comme ton hymen. Je sais, je sais, je sais.

Je ne vais pas bien, tu pense que je ne vais pas bien.

Peut-être que je ne vais pas bien, je bidouille avec les choses qu’on me propose tout en sachant que je peux imposer des trucs et en éviter d’autres, je marche, je cherche encore la flaque, je marche je cherche la flaque dans laquelle je pourrais me jeter.

Les rapports de force, la séduction, la parade nuptiale, la violence qui rôde comme une bête en rut, le pénis qui dirige la planète. Le poing, la bite, la chatte, le trou du cul, le fric, je te crache à la gueule, tout le monde hurle, les bombes qui explosent sur les chairs, les chairs qui se dissipent et l’autre avec ses oreilles décollées qui racontent les dernières nouvelles la gueule tartinée de fond de teint. Le pétrole, les diamants, la drogue, les flingues, les bitches qui remuent du cul sur la bagnole, la grosse branlette humaine, l’humain et quelqu’un de bien au fond, la grosse blague mondiale. Tom Cruise me fait peur.

Je sais que quand j’écris je deviens seule, je sais que quand je dessine je deviens seule, je sais que quand j’attends le bus, je deviens seule, je sais que quand je suis seule, je ne suis pas seule, la merde remonte toujours dans ma tête et je voudrais trouver un arbre ou une odeur qui me ferait sentir que je fais parti d’un tout cosmique et me fondre dedans et appeler mon grand-père au fond du jardin et qu’il vienne, que je lui montre un truc du doigt et qu’il rigole comme avant avec ses dents en or.

Les gens veulent vivre très vieux.

Tant mieux pour eux.

Le pot et le couvercle.

La naissance de la fille avait été une fête. Des médaillons et des bracelets en or avaient été acheté pour la circonstance, pour lui mettre autour du cou et de la main, pour lui dire merci d’être venue, qu’on était content. Les hommes tombaient dans les escaliers, les femmes pleuraient ou souriaient de toutes leurs dents entourées de rouge. Des cris perçants, des mains qui frappent entre elles, pour dire la joie et l’excitation du moment. La fille, petite, étaient source de joie, elle était contente, on lui montrait qu’on l’aimait bien, en lui tenant la main dans les balades, on la surveillait de loin par la fenêtre pour que rien de fâcheux ne lui arrive, on s’assurait qu’elle mange, qu’elle ait des jolis vêtements. Les vieux parents de ses parents, lui prodiguaient mille attentions pour lui montrer comme on était heureux qu’elle soit venue sur la terre après toutes ces choses complexes qui rendent l’existence dangereuse. Enfin on était tranquilles. La fille se souvient de tout ça, entre autre, en fumant sa cigarette, en regardant par la fenêtre. Comme les choses ont changé peu de temps après, un chiffre, un âge, la voiture qui embarque vers autre chose, une vie différente, avec du vide tout autour. Dans les gros livres écrits par des gens en robe qui traversaient des déserts de long en large pour trouver des réponses, on parle du Paradis. La fille avait connu le Paradis, pendant 7 ans. Ensuite, pour on ne sait qu’elle raison, elle est redescendu dans la cave, on lui a montré comme c’était agréable d’être aimée et choyée et puis après on lui a retiré, sûrement pour qu’elle passe son temps à courir après quelque choses pour maigrir, parce que depuis, la fille, elle avait grossi.                                                                                                                                                                                                                                                    La solitude.                                                                                                                                                                                                                                            La solitude c’est un truc pas sympa, une espèce de bête qui te course constamment et qui te coince contre les murs des villes, les bosquets des campagnes. Elle marche derrière toi et avec son doigt pleins d’os tranchants, te donne des petits coups dans l’épaule, pour que tu te souviennes tout le temps qui tu n’y arriveras jamais, que personne ne veut de toi. « Chaque pot trouve son couvercle » disait la mamie en travaillant la semoule. Elle avait l’air sûr d’elle, la fille y croyait à fond. Elle se demandait néanmoins, « mais je suis le pot ou bien le couvercle ? ». Déjà elle sentait que quelque chose clochait et que ce serait plus difficile que ce que la maman de sa maman disait. Quelque chose clochait, elle il pensait souvent, planquée dans des bouts de forêts approximatives, des tentes de lianes ou bien dans une cabane en pierre avec un lavoir dedans. Elle se cachait là, en écoutant l’eau couler et elle pensait.  Elle n’avait pas 10 ans. L’eau, ça deviendra son grand truc, la toucher, ou être dedans, la meilleur connexion possible. D’ailleurs à l’école elle l’a apprit, l’eau c’est un conducteur. Le conducteur de ses sens à sa tête. Comme ça aurait été facile d’être un poisson, la fille aurait fait partie d’un groupe qui nage ensemble. La vie, la vie la fille n’a jamais vraiment compris son sens, ça a toujours été un truc dément et absurde. Comme l’amour, être gracieuse, féminine, trouver un mari, un travail, être assimilée à une société, croire en quelque chose et prier dans ce sens. La fille, la fille n’a jamais compris pourquoi on lui a donné au début, un sens en l’aimant très fort et puis après quand elle a commencé à parler, qu’elle ressemblait de moins en moins à une poupée, pourquoi on lui a tout retiré. La solitude dans sa grosse bagnole, lui passait dessus, encore et encore, pour lui casser les os et faire en sorte qu’un jour elle se suicide.                                 Tu es une pute.                                                                                                                                                                                                                                   C’est logique le viol, tu es une pute.                                                                                                                                                                                              C’est logique qu’on t’insulte, tas de graisse, de conneries, de larmes.                                                                                                                                        Tu es une pute et maintenant essaie de trouver une bonne raison de continuer à faire quelques choses de ta vie.                                                          De pute.                                                                                                                                                                                                                                              Faire des études, se trouver de bons amis, trouver un travail, avoir un animal de compagnie, lire des livres qui parlent de cette salope de solitude, qui à priori s’en prend à beaucoup de gens. Être ivre, prendre des antidouleurs (c’est idiot, ça ne marche pas pour l’âme, mais au moins la fille dormait, ou faisait des trucs idiots sans vraiment être là), merci les gens qui ont inventé la drogue. Sûrement des gens aussi que la Solitude tançait constamment ou tout du moins qui avaient repéré que la vie c’était une forme d’arnaque. La fille a rencontré dans sa vie, des gens qui aussi avaient l’air de souffrir à cause de cette méchante madame qui te chuchote à l’oreille que tu n’en vaux pas la peine. Des couvercles, des pots, mais à priori, personne ne sait vraiment qui est le pot, qui est le couvercle. Alors on tourne en rond et on brise les pots, on jette les couvercles en hurlant et en montant sur les chaises en moulinant des bras. La Solitude elle rigole, elle voit les gens comme la fille, gesticuler et faire des dépressions, parce-que la solution n’est nulle part, ce serait tellement facile que quelqu’un arrive et prenne la fille dans ses bras et lui dise que tout va bien aller.

Dormir.

Travailler.

Rêver.

Chercher.

Espérer.

Manger.

Hurler.

Se faire mal.

Se laisser faire du mal.

Baiser

Se faire baiser.

Défoncer ta gueule à coup de poings.

Couche toi à terre, j’ai envie de te donner des coups de pieds dans ta tête.

La fille, regarde par la fenêtre, en fumant sa cigarette. On dit qu’elle est féministe, qu’elle est une femme forte, qu’elle est une femme libre, qu’elle a du talent et tout un tas de trucs qualificatifs. On lui a collé des étiquettes toute la vie, au moins ceux-là sont gentils, enfin elle ne sait pas trop. La fille est sûrement tout ça et rien à la fois. La fille aura payé cher pour devenir tout ça. Au fond, on aime bien les poupées qui ne parlent et ne pensent pas. Être jolie, posée sur une commode ou un lit et puis des fois on la tripote. Elle repense à cette histoire de pot et de couvercle. Peut-être bien qu’en fait depuis le début, elle est juste enfermée dans ce satané pot. Et la Solitude a serré fort pour que personne n’ouvre jamais ce satané pot, sûrement en rigolant de sa tête de mort.

« Je voulais juste être un champ de fleurs, qu’on vienne s’allonger en moi et sourire »

Finalité machin/rien.

Elle se souvient exactement de ça : quand la calotte épidermique est devenue trop fine par rapport au reste du monde. Il fallait une barrière, un voile de bure, un machin suffisamment épais pour former comme une grosse carapace qui empêcherait l’autre de s’approcher de trop près.

(La croûte sur ton genoux, derrière il y a ta peau, fine, protégée par la couche de pus séché, la vraie peau, en secret).

Surtout ceux qui vivaient dans la même maison qu’elle. Dans la maison, pas de position de repli, pas de fond de cours, de derrière le mur, elle se tient au poteau, pas d’alternative.

Parfois à table, en tentant de faire le moins de respirations possible avec sa fourchette, elle avait envie de pouvoir enfoncer doucement sa main dans son visage et de retourner ses yeux vers le dedans, pour que ce soit plus confortable et que les anecdotes pénibles passent comme dans un coton. Un peu ouaté, diffu, une conversation derrière un mur qui ne la concerneraient pas et dont elle chercherait à recomposer le dialogue, juste par curiosité malsaine, « pourvu que ce soit un drame ». Un gant de latex qui colle à la main, qui se retourne quand on le retire. Faire ça avec sa tête ou bien la dévisser pour la poser à côté, sur la table de chevet et faire une vraie sieste. Pas se taper ce stroboscope hystérique.

Crapaud buffle, gonfler, être une outre pleine d’eau impressionnante. Faire peur, dégoûter, couper le dialogue.

Il y a des refuges théoriques dans la maison, un fauteuil avec une barrière invisible. Papier, crayon, musique dans ses oreilles, c’est comme ça qu’elle fabrique son mur et c’est comme ça qu’elle imagine une vie plus confortable et moins furieuse. Pourtant déjà dans les contes qu’elle raconte, il y a cette violence rentrée en dedans, des bois sombres avec l’homme qui vient chercher un œuf mou qu’elle mûrit depuis ses escapades dans le buisson près de la route. Là dedans, c’est comme dans les histoires de Grimm, une aura étrange, une voûte spéciale, qui ne demande qu’à la protéger sans y parvenir néanmoins. Fumer les branches, arracher des lianes, en faire des cordes pour se ligoter le poignet très fort et sentir qu’elle est vivante, tout passe à côté d’elle, le profond ennui, la conviction de savoir qu’on est quelque chose qui ne parvient pas à sortir. L’adolescence on appelle ça. Elle se dit que c’est autre chose, c’est quelque chose qui traîne depuis des siècles, des vies, les unes après les autres qui arrivent à cette finalité et maintenant la voilà coincée. La conviction qu’on lui cache certains dialogues.

Certaines filles, elle entend parfois, se coupent avec des lames de rasoir, se font mal exprès. Elle, ça ne la branche pas, elle sait déjà qu’elle a mal, chaque respiration, chaque battement de cœur est déjà suffisamment insupportable, être roulée dans de la pâte à modeler, c’est plutôt ça qui la brancherait.

Ma Peur.

Au début, elle semblait ramper comme ça autour, je ne la remarquais pas vraiment. Une vague odeur, tout en courbures, perforait de temps en temps mes narines, je ne pouvais pas trop me dire qu’elle était probablement de retour, il me semblait être devenue bien trop forte pour qu’elle y parvienne de nouveau.

J’entendais que l’on chuchotait mon petit nom en bas du lit, ou derrière moi quand je lisais les modes d’emploi de tout un tas de chose en bois ou pas du tout. Je structurais petit à petit un nouvel espace que j’avais dû définir après avoir fuit juste avec ma culotte et mon peignoir. J’étais monté dans un taxi et les lampadaires me faisaient des signes en souriant, tout en ayant l’air désolés pour moi.

Mais il n’y avait pas de quoi, j’étais moi-même désolée pour moi et je pensais néanmoins qu’avec cette maison évaporée enfin, je pouvais repartir à la conquête de ce que j’avais commencé l’année de mes 14 ans, quand tout s’était arrêté net en départ.

Finalement, elle était restée là accroché sur mon dos ou autours de mon cou, comme un renard argenté, du genre chic et morbide, comme les dames dans les années fofolles.

Je crois qu’en fait, elle se rappelle à mon bon souvenir, je n’ai pas été très sympa avec elle ; elle qui m’a permis finalement de prendre la vraie décision et de me faire tenir dans mes campements sur les canapés, ou quand je tournais en rond dans le quartier de mes années d’étudiante en pleurant, je n’avais plus de chez moi, j’étais une habitante de nulle part. J’avais tant rêvé de ma maison à moi, moi qui n’existais pas, sans territoire, la seule grande pourriture dans mes tripes, je ne servais à rien ni personne, je n’avais pas de but, je ne ressemblais ni à ma mère, ni à mon père, j’étais destituée avant d’avoir pu même occuper un quelconque poste.

J’ai tourné en rond comme ça, avec elle. On prenait le bus ensemble, on regardait par la fenêtre, c’était Noel, les lumières, le château illuminé, faire ses courses seule, se souvenir des trois repas par jours et ce qu’on aimait, ou avait l’habitude de manger. Je ne savais plus rien, j’étais épuisée, mais heureusement elle, elle était là, pour me faire tenir, tourner, fonctionner, c’était un bon soutient. Je n’avais plus qu’elle.

Mes poignets me faisaient mal.

Ma cheville ne pouvait plus se plier.

Mes cheveux étaient tombés, je les ramassais par poignées.

La graisse avait recouvert mon visage, comme un petit matelas pour cacher mon squelette.

Il y avait eu ce trou béant dans mon œil.

Le temps passait, il n’y avait pas grand-chose de joyeux entre nous, mais elle me semblait la plus fidèle que j’ai pu rencontrer dans mon existence, elle était toujours là pour moi.

Elle m’avait fait faire des choses idiotes, mais pour une fois, elle m’avait permis de prendre la grande décision qui sauverait ma vie. Nos vies.

C’est vrai ça…qui a peur lorsqu’il est mort ?…

Ma peur.

Ma peur me traverse depuis tout le temps que je me souvienne. Je savais presque marcher que j’avais peur, je ne supportais pas l’éventualité de pouvoir trouver ce dont j’avais besoin. J’avais été éduqué comme cela. L’habitude de ne pas avoir ce dont on a besoin, les trucs qui t’aident à te construire. Elle rentrait comme ça doucement, par la fenêtre, la moquette, comme une espèce de moisissure qui prenait corps. Elle devenait un petit être rampant, puis énorme et grimpait sur le lit, elle marchait à quatre pattes et me montait dessus pour me faire suffoquer. Dès que je l’entendais ramper, je ne savais plus respirer. L’apnée.

« Tu n’y parviendras pas sans moi ».

Je n’y parvenais pas avec elle.

Elle avait l’air d’une espèce de maladie, que je pouvais soigner un peu, à coup d’alcool, de drogues, de plans cul à plusieurs ou en faisait du genre j’étais amoureuse. Mais combien de fois je m’étais surprise moi-même à discuter avec quelqu’un, sourire, répondre, relancer par une question et en boucle « j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur… ».

Parfois, je marchais tout du long de certains murs, dans certaines villes et j’espérais qu’au coin, quelqu’un viendrait et me dirait « j’ai compris, je sais, viens que je te rassure dans mes bras ». J’attendais, je tendais les mains, je fermais les yeux, j’avais l’air folle, pourtant c’était bien réel ce vide. Le vide prend corps, je vous l’assure. Ma peur, au moins elle était là. Je crois que si j’avais pu lui offrir une glace et deux ou trois robes jolies, on aurait pu être vraiment amies, genre comme la sœur que j’aurais aimé avoir ; seulement, je n’ai jamais vraiment su, si elle m’aimait ou si au contraire elle me voulait disparaitre à jamais. Alors là, quand j’ai reconnu qu’elle revenait toquer à la porte, je n’ai pas voulu d’elle. Je refusais qu’elle revienne, encore. Seulement, je me suis rendu compte dans mes rêves, que j’ai été bien cruelle avec elle, après tout, elle m’avait sauvé cette nuit là en me disant « va-t-en ! ». La porte enfin grande ouverte, j’avais traversé la cours, d’un pas empressé. Ma peur m’avait encouragée, « vas-y c’est bien, va-t-en, ne reviens plus jamais en arrière, laisse tout derrière toi ». Elle est venue avec moi, ma fidèle, ma terrible compagne, mon petit monstre agrippée. Après avoir trouvé un refuge, je lui ai dit que maintenant qu’elle avait suffisamment œuvrée et qu’il était temps qu’elle vive sa vie ailleurs, car j’avais perdu trop de temps avec elle, j’avais ma vie à faire. Je l’avais laissé de côté trop longtemps pour elle, ma Peur. Elle a compris, je crois, sur le moment, elle est partie comme un chiot abbatu que j’aurais disputé à cause du pipi sur le tapis, elle m’a laissé un peu de répits, je pensais qu’il en était fini de notre histoire. La voilà pourtant de retour, comme une maladie qui ne guérit jamais, le chien fidèle qui retrouve toujours son maitre aussi méchant soit-il; elle est là, je la sens accrochée à mon estomac, lovée comme un chaton dans son panier. Parfois elle bouge, elle m’empêche de respirer. Je deviens colère en un instant, je réfute, je distance, je protocole des mesures sécuritaires, je vais vers où je dois aller sans penser à rien. Elle me fait fuir l’autre, le monde, je ferme les rideaux, je me réveille à chaque heure de la nuit pour vérifier que je suis vivante et je fais comme si rien n‘existait, je ne veux rien savoir. Des fois, elle y arrive, elle me fait un clin d’œil, elle me fait penser à ces choses douloureuses, l’amour qui ne vient toujours pas, les bras rassurants, la solitude qui m’écrase comme un amant lourd et maladroit, le demain qui ne ressemble qu’à une flaque d’eau noire. Le dernier jour, lorsque je partirais  quelqu’un sera-t-il enfin là pour me regretter ? Dans ces moments, je déteste la lumière. Et toi aussi je te déteste.

Et alors, c’est là, dans la douche, sous le jet d’eau chaude, que j’ai compris. Je l’ai laissée grimper à mes côtés, monter dans mon ventre.

Sensible et tremblement.

Fureur et rancœur.

Chants.

Mélopées.

Soupir.

Vide.

A la recherche.

Ma chère et tendre Peur, je n’avais donc pas compris que c’était moi qui devais t’embrasser.

Translation mécanique

Abandonné dans la lisière, tu fomentes un plan pour tout détruire.

Tu vois bien toi que tout est pourri dégueulasse, les corps morcelés s’entassent les uns sur les autres sans que tu ne puisses rien y faire. Tu ferais quoi d’abord ? Comment tu avouerais qu’au lieu de sauver les autres, tu voudrais te jeter dessus, devenir un cadavre qui se décompose et qui devient rien, poussière, bouillasse informe, les vers qui te bouffent le trou de balle. Tu trouves ça romantique la souffrance, les petits rictus de la mémoire, tu cherches et trouves n’importe quelle excuse pour ne pas à avoir à avoir, à faire, construire, sourire à la boulangère. C’est tellement facile de se poser un milliards de question et de ne pas se trouver assez fort pour décrocher le téléphone et dire que tu as mal et que tu voudrais qu’on te sauve. Tu rampes comme un chien blessé, tu descends chez l’épicier pour acheter la bière qui défonce, pourvu qu’il te reste 2/3 somnifères. Comme ça tu mélanges et tu te tartines de tristesse, c’est ça ta vie, du rock n roll sordide. Paul Remy ton pote le rosé qui mousse super vénère, le bouchon qui saute tout seul, vient la chéri on va faire l’amour et tu vas vomir en fin de soirée dans les chiottes, ta vie est minable, tu dégueules, tu dégueules tout. Tu reste bloqué comme un pantin, tu cherches toujours l’excuse pour ne pas assumer que tu voudrais bien toi aussi être amoureux et ressentir des trucs sympas. On m’a déjà fait mal, c’est trop méchant l’autre, il te met des baffes dans la gueule, c’est un singe qui a la rage, la rage sur toi, ce putain de venin inoculé y’a déjà quelques temps, mais toi t’aime bien te branler en y pensant. Je suis malheureux, ça va me faire jouir, c’est inconstant la destinée, c’est mieux de ne pas prendre de risque. C’est sûr le monde va mal, faudrait faire quelque chose pour aller le sauver, mais toi t’as déjà la flemme de sauver ton petit monde à la con qui se limite à un territoire coincé entre ton boulot, ta baraque et le supermarché. Des fois tu vas en terre inconnu, ou presque, tu vas dans les bars, tu regardes les gens, ils te débectent avec leurs sourires qui saignent. Ca va baiser tôt ou tard, la grande parade nuptiale de nuit, il va jouir dedans elle, elle va jouir en renversant sa tête, elle va faire des petits cris aigus et demain, le cours de la bourse reprend. Sans toi. Le monde n’en a rien à foutre de toi. Tu le sais, t’es au courant. Toi aussi t’en as rien à foutre de toi, tu donnes rien à toi, tu fais genre tu vis ta vie et puis en fait tu lui broie les couilles à ta vie, tu restes sur place, ça viendra bien à un moment.

Ça viendra bien à un moment que tu crèves.

Nous sommes les enfants du ventre de la terre

La balle bleue se meurt, s’enterre ou prend des rides
Qu’importe ! dit la nuit, demain sera bien mieux
mais la flamme se perd quand la fumée se vide
le royaume des nantis n’est pas si audacieux
Il règne une atmosphère aux armes délétères
que les âmes assaillissent par soif ou appétit
sans même se soucier de leurs proches congénères
les têtes ramolissent et chaque oeil se replit

Nous sommes les enfants du ventre de la terre
dans ses silences actifs surgissent les leçons
mais nous n’écoutons pas, trop occupés à faire
valoir nos immondices semés à profusion
Le sol est chaud
Vitesse continue
Quel ange aux ailes mortes nous aurait défendu ?

Le sol est pauvre, les hommes sont riches
leurs pas avides font trembler le plancher
qui s’enfouit…et fait monter la mer

Isaac Lerutan, 2008