Archives pour la catégorie «Textes personnels»

Merci à Florence Andoka des Editions Furtives pour la publication de mon texte « Rage against the Machine ».
La création et la recherche de la sublimation des sentiments sombres et violents sont autant d’actes de résistance à ne pas laisser la souffrance et la haine de l’autre l’emporter sur l’amour.
#editionsfurtives#colère#violence#destruction#viol#meurtre#haine#rancœur
L’ouvrage de quelques pages coûte 3 euros et est disponible auprès de moi ou des Editions Furtives (https://editionsfurtives.wordpress.com/)

Rage against the machine

Une femme ça ne doit pas, ça ne doit pas ouvrir sa gueule. Une femme ça doit parler doucement, baisser le ton, ne pas se mettre en colère, ne pas être furieuse, avoir la voix trop grave, être trop grande, trop grosse, trop moche, sexy mais pas trop, rigoler trop fort, ne pas se taper sur la cuisse en se marrant, se raser les cheveux, se trouer soi-même la peau, sinon son corps ne sera plus assez pur pour le paradis. Une femme, une femme ça ne doit pas taper dans des trucs, donner des coups de pieds, pousser quelqu’un pour dire non, ça ne doit pas se rebeller, une femme ça ferme sa gueule. Ca doit avoir la bonne posture quand elle s’assoit, croiser les jambes élégamment, porter des jupes à la bonne longueur et cacher les peaux, les cheveux, les sourires, ça doit exister mais pas trop fort. Une femme, une fille, une gamine ça doit fermer sa gueule et arrêter de faire chier avec sa souffrance intérieure, ça doit fermer sa gueule à coups de poings, de coup de pieds dans la tête, de regards noirs-reste-à-ta-place-de-meuf.

Quand on lui écarte les cuisses de force pour la limer comme un connard. La violer, la déglinguer, ça doit raconter les choses d’une manière futiles et légères, ce n’est pas normal de dire les choses de manière violente, brutes, cash, obscènes. Ça bouffe de la violence et puis après ça doit être doux et tendre une femme; sourire, même si tu as du sang qui dégouline des dents. Le seul moment ou finalement tu peux gueuler, c’est quand tu accouches, ça c’est la bonne fonction, t’as le droit là, tu te fais déchirer la chatte pour de « bonnes raisons ». Alors tu as le droit de souffrir là, c’est donner la vie ça, on s’en fou si la vie on a voulu te l’enlever un million de fois avant que la graine elle prenne. C’est une bonne façon de revenir dans la vie, enfanter. Si tu veux revenir dans la vie d’une autre manière tu restes une pute, une pauvre meuf dont personne ne veut, une salope en puissance pour les femmes en couple en soirée ou dans les mariages. Le fameux sourire figé, le regard qui te juge parce-que tu rigoles (parce-que tu arrives encore à rire putain le prodige) et que malgré tout tu as réussi à ne pas détester tous les mecs et ton mec il est gentil avec moi, je suis polie, je fais la conversation, non je ne vais pas baiser ton mec dans les chiottes.

Et les connasses qui ne veulent pas d’enfant, parce-que elles refusent de fabriquer un être qu’on va fracasser à coup de tatanes dans la gueule, elles feraient mieux d’apprendre à être de vraies femme, en donnant la vie. Fermer sa gueule et verrouiller leurs corps, parce-que sinon le viol c’est ta faute, tu l’as cherché à tortiller du cul avec ton corps qui dépasse des tissus. C’est vrai qu’à 14 ans en jogging, fringuée comme un garçon tu le cherches vraiment. Ha oui mais non, tu marchais sur le trottoir aussi, tu l’a bien cherché. Une fille ça doit se contenter de refaire l’histoire avec son père qui ne voyait chez elle qu’une futur pute parce qu’il n’a pas eu les couilles de revoir son histoire, lâche il s’est laissé aspiré, parce-que c’est ça un vrai bonhomme et sa famille doit fermer sa gueule. Cette haine qui restera son truc à vie, alors rentre dans son idéal, ne remet rien en cause, inventer un autre passé.  Ce qui compte c’est qu’il est fier de toi maintenant, maintenant que tu t’es bien débrouillée seule, que tu as érré sur les routes et que tu en as bien chié. Qu’on t’as bien tabassé à l’extérieur ou à l’intérieur des maisons. Ça doit pardonner, ça doit être clémente et elle se démerde avec les dégâts intérieurs, elle doit fermer sa gueule quand elle est bourrée et que les trucs du fond du cœur cachés comme une bête dans une grotte ressortent n’importe comment, comme des bêtes affamées. Et tous les jours, 364 jours par an, tu fermes ta gueule, tu te démerdes.

Un mec ça peut dire n’importe quoi bourré, c’est cool Francis Bacon ivre à la télé, mais toi la fille, fait attention à ce que tu dis, tu n’as pas le privilège de la souffrance, ta gueule, à jeun ou bourré c’est pareil, garde ta place de meuf, élégante, romantique, discrète et sexy à la fois, juste soupirer, chouiner comme un enfant, ça c’est permis. Ça fait bander Lolita, bien sûr que les gamines de 14 ans ce sont de vraies cochonnes, arrêtons de nous mentir.

J’ai envie de vomir, de pleurer, de me détruire, de vous détruire. Vous bourrer de coups de poings dans la tronche, vous démonter comme des meubles à coups de haches. Avoir un sexe qui bande dur et vous retourner de force en vous tirant les cheveux, je veux vous voir crever, pleurer, avoir envie de mourir de solitude, personne ne veut entendre personne, reste à ta place connasse, reste à ta place, la place que la religion te donne, la société, le grand capital, donne ton ventre, fabrique des enfants en fermant ta gueule, des enfants qui consommeront, qui donneront leurs frics à leurs tours et qui iront chialer dans les chambres. Et les histoires d’amour foirées, parce-que tu ne sais pas comment ça marche ces conneries et qu’il faudrait que tu te débrouilles, que tu fasses tout pour que ça marche, sans qu’en face on te regarde ou on te pose les questions. Tout est de ta faute, toujours. Mais en fait c’est juste simple aussi, tu n’as qu’à chouiner, geindre, comme une vraie jeune femme romantique qui a souffert, mais pas trop, reste dans ton rôle de Cendrillon en détresse à la con. La souffrance ça doit être joli aussi, tu aurais mieux fait d’avoir maigri en souffrant plutôt que de grossir, parce-que c’est moche une grosse qui souffre. Forcément ça s’empiffre. Non, ton corps à un moment il prend ses propres décisions, il ne te demande pas ton avis, et les armures ne sont pas toujours en fer blanc. N’empêche que oui ce gros corps, il t’a bien sauvé des fois, pour ne pas se faire buter un soir de septembre.

Je voudrais être un monstre énorme, marcher sur les villes, donner des coups dans les immeubles, marcher sur les maisons, dans un hurlement immonde sorti des enfers, cracher du feu pour brûler votre société de merde mercantile, hypocrite.

Mais non, vous me direz, tout le monde est féministe, c’est mignon une jeune fille avec un tee-shirt acheté au supermarché du coin avec « je suis féministe » écrit dessus. On est tous pour la cause des femmes, tout va bien, on a tout compris, on est avec vous, ne vous inquiétez pas, les femmes c’est libres, le plan marketing est bien rodé, faisons du fric avec toutes ces connasses violées, vendues, écartelées, démembrées en série. Par contre dans le quotidien, la vie de tous les jours, les nuits où tu fais encore des cauchemars et que personne n’est là pour te donner un peu de cette vraie tendresse dont on aurait eu besoin pour pousser et se développer, savoir comment on aime vraiment, ce qu’est l’affection, la tendresse, être respecté en tant que corps contenant un être indépendant, un cerveau, des organes, une mécanique aussi rodé que les autres ; là, dans ce quotidien quand la mort rôde dans ta tête, continue de fermer ta gueule, ne nous dérange pas à être différente. Le pur produit de la violence, un monstre, une femme qui n’a eu que pour seul salut de prendre la virilité par les couilles.

Je suis un monstre, je suis puissante et fragile, je suis une femme et je suis encore là, personne ne me protège et je vous emmerde.

Les nuages. Les nuages épars dans le ciel. Tours à tours rassemblés en confusion, comme de gros corps entassés, sensuels, sexuels ou emprunt d’une solitude qui ressemble à la mienne. Chaque jour, je lève la tête, ou assise dans mon fauteuil, les moments de jours noirs, je les vois, je les contemple et je me souviens des ciels que j’ai contemplé aussi loin que je me souvienne. Je n’ai pas toujours les images concrètes qui défilent dans le film qu’est ma mémoire, pourtant, toutefois, je ressens cette vapeur qui se disperse et s’investie dans chacun de mes organes, dans une lente et permanente mouvance comme les jours de vent dans le ciel, dispersant le paysage là-haut. Le cosmos tout entier se dilate à l’intérieur et je ne sais plus où ranger à côté des poumons, du cœur, du plexus, au creux de mon utérus, toute cette force qui m’attaque avec bienveillance, comme une grand-mère qui vous attrape avec ses grosses mains calleuses à force de travaux, pour vous donner un gros baiser sur la joue.

Les nuages, les nuages, cette tendresse affichée dans le ciel, qui bouge doucement, ou avec force, pour préparer la pluie qui libère, les orages qui exorcisent et font enfin sortir la peine accumulée dans une rage profonde prête à tout détruire. J’ai souvent marché seule, je marche souvent seule. Je regarde, j’observe la vie à côté de moi, les enfants qui grandissent dans les ventres ou tenant la main des mamans, les gens qui déambulent avec ou sans but précis, qui errent, ensemble ou seuls, le visage grave ou avec un délicat sourire dessiné sur le visage (« qui ou quoi les rend aussi heureux et tranquilles ? »). Ils sont des cosmos aussi, des mondes qui bougent à l’intérieur des chairs, du sang, des os. Les trottoirs que j’avale avec mes pas, la Nature que je pars chercher en sautant dans un train, des gens qui parlent des langues qui me semblent des miracles indéchiffrables parce-que je ne connais pas les verbes. Les landes de béton, les esplanades de vert, les arbres comme des poteaux, les réverbères en forme de lianes, les forêts profondes où je voudrais me perdre définitivement. Etre avalée. Le ciel, les nuages, les oiseaux qui migrent ailleurs ; peut-être que eux, là haut ont vu la terre que je cherche, la terre qui serait la mienne.

Parfois le sol se dérobe sous mes pieds, je reste accroché aux bords, les yeux brouillés et la bouche ouverte, la tête en direction des nuages, du ciel, la nuit permanente qu’on appelle l’Espace. Car la force est accrochée là-haut, le ciel est celui qui nous tends une main invisible quand tout semble perdu.

Les nuages, des êtres géants qui passent et disparaissent déjà alors qu’un bruit me fait baisser la tête. A peine quittés, ils ne sont déjà plus là, plus les mêmes, juste une force, grosse, puissante qui m’écrase avec tendresse.

Je voudrais pouvoir grimper là-haut, me coucher prisonnière à l’intérieur. De la tendresse, du moelleux, des figures mouvantes et caressantes. Des ventres de cotons immatériels. C’est de l’eau, de la pression, des températures qui chutent, qui montent. Ils nous avertissent quand tout va changer, tout va se transformer. Ils annoncent les drames ou alors ils glissent avec élégances pour laisser les rayons chauffer mes os fatigués, grinçants comme du bois qui bouge sur le pont d’un bateau. Cette délicate musique  réconfortante, elle est dans le ciel. Je veux bien imaginer alors que les gens ont envie de croire que des dieux existent, parce-que le réconfort vient rarement des gens qui marchent comme moi sur les sols ou naviguent sur les eaux.

Les nuages, l’amour, les pertes, les combats, les larmes, les hurlements, les coups dans la gueule, la main qui se pose sur un bout de peau et qui pénètre jusqu’au cerveau que l’on appelle le Cœur.

Le champ de bataille est à l’intérieur, dans les terres qui n’en finissent pas de reculer, toujours chercher, regarder plus loin pour ne pas mourir et arriver à assumer la joie. Personne ne peut nous venir en aide à part nous, être en mouvement toujours, la seule stabilité que je connais est cette marche, le nez en l’air vers les nuages.

Baisser les yeux pour regarder ses pieds et éviter les trous, s’assurer qu’on ne marche pas sur les bords d’un volcan, ne pas basculer et tomber dedans. Lever la tête, les yeux dans le ciel pour continuer à garder l’énergie et la volonté d’aller jusqu’au bout. Au bout de quoi ? La désespérance de cette marche qui, un jour, ou une nuit, se terminera définitivement.

Continuer à rester en vie, parce-que les autres ne sont plus là, leur absence est diluée tout là-haut, parmi les nuages.

Le manque, la destruction des abîmes, sont autant de manifestations des volontés du corps vers les pulsations, les veines, les rigoles qui ressemblent à l’Absolu. Si je ne transforme pas ma vie en poème, alors la souffrance n’aura été que la manifestation d’une vie absurde et sans intérêt. Sublimer, c’est la seul façon de croire que quelqu’un m’aime, pour toujours et que je l’aime aussi, suffisamment pour rester ici, sur la terre.

J’avais écrit un petit texte de présentation de mon expo au Pavillons Sauvages, malheureusement il n’a pu être imprimé dans son intégralité (et j’ai oublié de le faire moi-même).

Je le publie donc ici sur mon beulogue.

Sous la Peau

(Poussent les montagnes).

Le corps. Le corps est là. Espace dans l’espace, paysage dans le paysage. Microcosme improbable et mouvant aux multiples formes, couleurs, épidermes, textures. Os qui se plient, ploient sous, se tordent entre-, se brisant parfois, chutes, coups reçus, disciplines. Se reconstruire, se ressouder, être un roseau parmi les roseaux, les pieds plantés dans la mare. La souffrance implantée et silencieuse, la joie perfusée en battements de cœur rapides, l’angoisse morbide derrière les dents en forme de sourires. Les images, les films, les sons, les protocoles créatifs, sublimer. Créer, résister.

La mécanique des fluides, la résilience, déterritorialiser, l’amertume et la joie, des nuages fuyant à l’intérieur des organes.

Le cerveau, temple des émotions, la machine, le grand ordinateur de chair, la nature connectée ici et là.

Les battements, expirer, inspirer, être un monstre généreux et paisible, calme comme une bombe avant l’implosion.

Corps allongé, assis, debout, déployé dans le cadre, urbain, naturel, minéral, dans l’eau, la tête tournée vers le ciel, la bouche ouverte, les yeux fermés.

D’abord toujours couchée, puis ramper, chercher à s’élever accrochée à des choses, s’asseoir, marcher à quatre pattes, se lever sur deux pieds et voici le voyage permanent, les contemplations qui arrivent, un monde dans un monde. Entrer dans la vie, accepter qu’à la fin ce soit la mort.

La vie intérieure, on ne soupçonne rien, on est dans la lune, les filaments poussent, l’organique, le lierre cérébral qui absorbe tout. Les landes, les rigoles, les chemins, les routes, les tempêtes, le calme au crépuscule, les montagnes qui poussent.

Sous l’épiderme, entre la chair et les os, le monde du dedans, l’Univers tout entier, les dimensions parallèles. Personne à l’extérieur de nous ne peut saisir.

Je me transforme, je suis l’autre, je suis, je ne suis pas, je suis un trou grouillant, une flaque dans laquelle nage un canard, je disparais, je me transforme, je saute sur mes pattes et je parcours les crêtes tout près du ciel où nagent mes chers disparus et ceux qui n’existent pas, ceux que l’on attend. L’Absolu.

Parfois, il est possible de disposer des images, des signes, des codes sur du papier, de la matière, pour que tu les voies. Je ne te demande pas de comprendre, ni d’aimer, je t’offre des bouts à voir, je suis vivante.

Peut-être que certains de ces sentiers intérieurs ressemblent aux tiens.

Des fois.

Parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Parfois je me sens bien.

Je ris, je souris, je montre mes dents, j’éclate de vie, je plisse les yeux de joie, je suis en bonne compagnie, je marche dans la rue, je vois les choses pleines et belles. Je suis sur les hauteurs, dans le quartier, je contemple, je suis contente, je suis heureuse, je me sens belle, je trouve que mes cheveux sentent bon. Je jouis dans les bras d’un homme, je partage le repas avec mon amie qui ressemble à une fleur.

Parfois je me sens bien, j’ai le corps souple et endurant, alerte, presque sautillant, bondissant, je vais, je viens, je monte les escaliers, je respire, j’aspire, j’inspire, tranquillement, apaisée, je ne crains aucun espace, aucune possibilité temporelle. J’ai envie d’être là, ouverte et magnifique, je me pomponne, je me caresse les cheveux, je suis une chatte malicieuse.

Parfois je me sens bien.

Parfois je me sens mal.

J’ai le squelette qui me fait mal. Je me souviens de lui qui me tord, me prend les cheveux pour cogner ma tête contre la porte, de moi couché par terre et lui qui me donne des coups de pieds. Les mensonges qui s’accumulent dans ma besace, la tromperie, la confiance qui éclate sous les chaussures, la détresse recroquevillée dans un coin de la pièce. Je m’en souviens, mon corps s’en souvient, j’ai mal, ça prend comme ça, comme un gémissement, un hurlement interne et secret.

Parfois je me sens mal, écrasée, tuméfiée du dedans, je suis morte trois fois j’ai compté, je suis là, parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Je suis revenue, à chaque fois, comme un zombie. Moi aussi des fois je mange les gens. Je préfère manger qu’être mangé. Je reste là assise dans le noir, j’attends que quelqu’un passe et je lui mort la cuisse, le cœur, l’envie de moi. Parfois je me sens bien, je me sens mal, je ne sais plus, ça ne sort pas, je suis prostrée, coincée, bouleversée, ça tape, ça cogne en dedans, la petite fille en dedans ne peut pas sortir, je ne la laisserais pas faire. Elle a aucune idée de ce que c’est, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su faire attention pour elle. C’est dégueulasse l’enfance, la vie, les pertes, celui qui est mort, qui ne reviendra jamais, j’aimerais tant lui dire que des fois je vais bien. Je sors de moi, je ne ressens plus rien, je suis gêné, l’autre ne m’atteint plus, je suis froide comme un cadavre, rigide, les yeux tourné en dedans. Je trouve tout le monde moche,  grimace, dégueulasse, la cours des miracles, un tas de corps jetés les uns sur les autres avec leurs portable dans la main à s’inventer une vie super.

Parfois je vais mal, parfois je vais bien.

Les gens, les gens pensent  savoir que quand on sourit c’est qu’on va bien. Les gens, les gens pensent que quand ton sourire est inversé, tu vas mal. Les gens, les gens ne savent pas que certains autres gens sont de bons comédiens, qu’on a eu de très bon professeurs géniteurs, qu’on sait très bien cacher les émotions, le Tanathos, le bordel interne, la rage qui te bouffe jusqu’à te sucer les côtes. Les gens aussi ne savent pas, qu’on change aussi avec le temps, qu’on change toute la journée et que parfois on prend toute la distance nécessaire pour arriver à revenir dans la vie, qu’on sort de notre cachette parce qu’il faut bien, ou alors on choisit de mourir pour de bon.

On aimerait bien que personne ne ressente ça, ce truc dément, sidérant, la solitude qui t’écrase sous son poids pendant qu’elle t’étrangle, elle te prendra le peu qui te reste. Ta dignité, ton courage, l’envie de continuer à aimer l’autre, elle te prendra tout, avec sa copine souffrance, elle fera en sorte que tu choisisses mal, c’est devenu trop insoutenable. Trop tout. L’abandon constant, l’autre qui te laisse tomber, volontairement ou maladroitement.

Tout ça tu le sais, tu le sais tout ça, des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.

Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.

Des fois quand tu vas mal, souviens toi que des fois tu vas bien. Un jour dans la tombe tu ne ressentiras plus rien.

Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Tu es vivant.

La déclaration d’intention

Mélancolie inversée, cailloux dans la poche, chien-loup qui court, misère disparue, appareil de lumière à rayons- je te vise, sublime éternité, arbres qui tombent sous la tempête, fleuves qui débordent, incendie dans le  ciel, la nuit tombe, le soleil plonge dans la mer, les étoiles s’installent comme des petites danseuses années folles, la lune grimpe sur le rideau qui change de couleur, jusqu’au noir, bleu de Prusse, rien ne compte plus rien ne compte, je ne vois que tes yeux et tes mains et puis je vois ta voix de loin, je suis convaincue. Je vois ton énergie, vibration cœur corps qui se déploie, ma main dans tes cheveux, matière parfaite, merveille du monde, les couleurs que l’on a choisi, assise sur la montagne, je vois la vallée, tu es dedans et tu marches, tu le sais que je te vois, je te vois, assise sur un rocher, je t’observe, tu es paysage dans le paysage,  je te vois depuis tout le temps, je te cours après mentalement, tu ne me connais pas, mais tu sais qui je suis, je te cherchais et je t’ai vu dans la plaine, enfin.

Je suis la force et la fragilité, l’alpha et l’oméga avec une chatte et des seins et un trou entre les fesses,  j’ai un couteau, une hache, un glaive et un loup caché dans les entrailles, j’aime la lune, je me transforme avec elle, énorme pierre parfaite qui vole dans l’espace. Je suis capable de  poser les armes contre un objet fort et dur pour te caresser, te caresser le visage, ta verticalité, ton horizontalité, les rondeurs de ton âme, ma force destructrice est équivalente à la force d’amour dont je suis capable, je suis une force de la nature, j’ai une armée en moi, je suis une déesse qui va mourir un jour, j’ai surpassé les typhons et les catastrophes, j’ai plié comme le roseau, je me suis modelé comme le galet, le galet : le galet sur le bord du lac, que l’on fourre dans sa poche en prévision du moment on le balancera d’un revers de coude et de doigts, le galet sautillera gaiement à surface de l’eau et faire un petit plongeon final, dans une certaine allégresse propre à la pierre.

J’ai rêvé de toi, j’étais en toi et tu entrais en moi, avec ton sexe et ta bouche, tes doigts accrochés à mes hanches, spectatrice endormie et pourtant j’étais investie dans chacune de tes cellules, mes paupières sursautées, rétine qui s’ouvre et se rétracte, sommeil paradoxal, bouts d’os articulés, chairs compilées et attachées les unes aux autres, le sang qui coule dans les rigoles, jusqu’à ta tête, ton corps et le bout de tes lèvres. Là, j’ai su que tu m’avais entendu, la main en coque de noix, près de ton oreille, tu as sursauté quand tu m’as entendu te chuchoter à l’oreille que j’étais arrivé.

Les mains ouvertes, je recueille la pluie qui tombe du ciel sur ma peau, j’ouvre mes pores, ma viande vivante, ma bidoche qui jouit, mon gras qui vibre,  elle dégouline sur les pointes de mes seins, ma chute, mes reins, entre les cuisses épaisses, je suis un vallon, des petits ruisseaux que l’on appellent désir, je ne vois que toi et tes membres, ton squelette, tes rêveries, ceux qui te protègent du dehors, personne ne viendra t’ouvrir en deux, à part moi, mais je viendrais me lover en toi  et je te confierais tout près du cœur  mes secrets, je n’aurais rien à te dire, des particules, des milliers de petits fils de soie chargés d’impulsions électriques tout autour de chacun de tes organes, je te prendrais du dedans, tu comprendras ce que tu sais déjà. La main fermée sur la pierre. Monstre bienveillant, mutante tendre.

Je te prendrais la main, sûrement, gentiment, je connais la valeur de la douleur, des tristesses et des abandons et qu’il faut être douce avec un animal sauvage. Je prendrais soin de toi, un genou à terre, ou debout, ou couchée, les bras en l’air en arcade inversée et emprisonner le soleil et t’offrir les lunes d’un coup de hanche, les satellites, les glaciers du ciel et de la terre.

Ne vois-tu pas que j’ai survécu pour aller à ta rencontre. Mélodie que je fredonne dans les landes.

Le retour

Ce matin, ce matin là, hier, hier je me suis reconnue. J’ai vu mon visage. D’abord la buée sur le miroir, que j’ai poussé sur les côtés d’un coup de paume de main droite, celle que je préfère, celle qui acte à côté de la gauche, la gauche qui se repose souvent, parce-qu’elle est du côté de mon cœur qui est fatigué.

Ce matin, je ne m’attendais pas à ça, je me suis vu, je me suis vu dans les yeux.

J’avais pourtant cherché longtemps où je pouvais bien être passé. Je m’étais rencontré vers 8 ans, dans le bassin en pierre, là où les dames lavaient les vêtements et les draps avant;  tremper les mains en papotant, j’aime bien ça, même si souvent je papotais seule. Il ne restait que des résidus de ces dames, moi je n’entendais que l’eau qui coule et ma voix dans ma tête.

Je me suis vu, après cette longue route, jonchée d’absences et d’abandons. Coque de bateau vide, personne à bord. Le pire abandon était le mien, de moi à moi, de moi pour moi. J’avais dit, j’avais dit « va-t-en, quitte le corps, moi je reste ici comme une colonne d’argile, je vais rajouter de l’argile encore  tout autour, qui durcira au contact de la lumière et de l’air et plus personne ne pourra nous toucher, je deviendrais énorme, repousser le périmètre et toi tu seras parti en lieu sûr ».

Ce pauvre corps à la con, que les gens touchaient par mesure d’affection sûrement, enfin je crois, se faire pincer la joue, je changeais de trottoir pour éviter le monsieur avec la toque en fourrure (je sais qu’il est mort maintenant, il ne pince plus rien ni personne), la grand-mère qui faisait des massages trop forts, parce-que ça va faire passer mon mal de tête, les piqûres des orties pour aller chercher des figues, ça gratte, ça brûle, mais j’ai des figues. Tomber, s’écorcher le genou, c’est rien, ça arrive quand on court. Dans l’immobilité il ne se passe rien.

Le garçon qui fourre sa langue dans ma bouche, le monsieur qui me chope et qui me fourre tout court, je ne suis plus vierge et je n’ai pas encore mon brevet des collèges.

Je suis seule, tu es en lieu sûre, tu es ailleurs, je ne sais pas où. Te reverrais-je un jour et est-ce qu’on sera ensemble ?

Les années ont passées. J’ai pris des coups de gueules, de coups de poings, pieds, tête projetée contre les sols, les portes, la queue qui fend en deux, le nez qui dégouline de sang, je n’avais pas le sens de l’orientation, je n’avais aucune idée d’où je pouvais aller sans toi et sans personne, j’étais partout sur des canapés et puis des tas de visages, de bites, des alcools, des danses frénétiques, les douleurs, recommencer à savoir comment ça marche le cœur, la mémoire, savoir gérer les larmes au fond de ma gorge. Transformer la tristesse en rage. La drogue c’est mal, mais ça aide à faire semblant d’être mort des fois, parce-que tu essaie juste d’être ici et trouver un sens dans un giratoire.

Sans toi je n’y arrivais plus. Il fallait que tu reviennes et que tu me pardonne.

Au départ tu revenais par bribes, des petits souvenirs diffus, dans le jardin, dans les odeurs, la feuille de pied de tomate que tu frottes entre tes doigts et provoquer l’émotion, les émotions que j’avais laissé partir avec toi, tu te souviens, j’avais pris soin de te faire un petit sac, remplis de toutes ces petites choses, celles qui font mal quand tu ne les partage avec personne.

L’amour, la tendresse.

Tout le monde est parti, brusquement, je n’ai pu assister à aucun départ, aucune mise en terre, tous ont été violents, brusques. « Rien n’est plus beau que les gens qui s’aiment » : mon cauchemar, ma déception directe. Arrachez moi de partout, je ne veux plus rien sentir, je suis une bête, un monstre, je hurle intérieurement dès que la lumière apparaît. Animal fauché en pleine course vers la forêt. Je voulais vivre dans une grotte et mourir seule, avec juste le bruit  des rigoles d’eau qui s’infiltrent, j’étais un animal blessé et j’avais la rage, je t’aurais mordu si tu étais revenu là. Tu le savais, je n’étais pas prête.

Mais à chaque fois, je t’ai sentie, tu voulais revenir et je ne t’ai pas laissé rentrer,  je ne voulais peut-être pas au fond? Je ne savais plus comment on faisait, « c’est trop tard ». J’ai été violente alors à mon tour, je t’ai détesté de me demander de me souvenir et de vouloir juste ça, juste vouloir. Je voulais que tu reviennes, mais je ne savais pas comment faire. Moi aussi je t’ai fait mal, pourtant je voulais te protéger.

Et puis.

Et puis un jour, j’ai laissé tomber.

J’ai laissé tomber et puis toi tu es revenue parce-qu’on allait crever pour de vrai, de la main de quelqu’un d’autre et ça.

Ça ce n’était pas possible, c’est toi qui l’as dit. Je ne vaux au final aucun sacrifice et surtout pas le notre.

Je crois que je t’ai vu devant la porte, avec ta robe à perles sur le grand col, il parait que j’aimais le rose, enfant.

Tu étais resté petite, 8 ans, douce et gentille avec tes longs cheveux.

La porte que j’ai réussi à franchir avec toi et puis on est parti ensemble dans le taxi et on ne savait pas bien où on allait aller ensemble, les lumières défilaient collées sur les immeubles et dans le ciel tout noir de Paris, le monsieur du taxi était gentil, on avait bien besoin de ça. Et puis après, toutes les deux on a fait en sorte d’être les plus fortes et si on n’y arrivait pas, on a eu de la chance, des gens qui ne vivaient pas en nous nous on aidé, parce-qu’ils savaient bien.

On a été les plus fortes. Parfois encore on s’écroule. Mais on est ensemble, on revient plus vite dans la vie.

Et puis donc ce matin là, je t’ai vu, je t’ai vu en vrai, dans les yeux. Mes yeux noirs, qui ont changé de couleur subitement, un éclair, une main qui s’agite au fond de la rétine, je t’ai reconnu, chaque traits, chaque vérités, chaque bout de la physionomie ; je t’ai vu et j’ai ressenti de la tendresse.

Je ne suis pas rentrée chez moi, je n’en avais pas, j’ai construis ma maison, mon nom, je suis là.

Et peut-être qu’un jour, on rencontrera quelqu’un qui saura bien ce que c’est et qu’on pourra lui expliquer que si on s’est accroché, c’est pour aller à sa rencontre.

Et s’il ne vient pas, tant pis, je suis là et je t’aime.

Chauve souris

Tout est bloqué, carotide gelée, rien rien rien, rien ne fonctionne perpétuellement. Juste par à coups, courant alternatif. Je reviens en aparté et puis un matin, c’est cassé ça débloque, je ne sais plus où est le bon mur où je suis censé me cogner. Je sors dans la rue, je tourne en rond dans le pâté de maison, moi-même je sens le pâté, y’a rien qui est digeste, tout est dégueulasse, je voudrais manger des trucs en cartons, des trucs sans goût, remplir le ventre de rien et puis tout vomir en papier mâché, et puis avec le papier vomimaché je construirais un grand château, j’aurais creusé des douves, c’est joli les tranchés, les armés en creusent toujours, et un pont levis, que je laisserais ouvert de temps en temps et puis je monterais dedans mon château, y’aurait des tourelles et puis je laisserais pousser mes cheveux pour les laisser traîner dehors que quelqu’un grimpe un jour à mon secours.

Mais non, bon, je sais qu’au final je le rejetterais par la fenêtre, il faudrait qu’il monte juste les escaliers doucement et qu’il demande à chaque étages s’il peut en monter un nouveau. Je dirais « oui d’accord, mais pas trop vite je suis émotive».

Le brusque et l’inattendu c’est romantique dans les livres, dans la vraie vie on a des emplois du temps qu’il ne faut pas déstabiliser sinon on fini au chômage ou avec la diarrhée.

Elle est gentille cette petite, elle a de beaux cheveux, mais seulement en extérieur. Dedans la maison c’est une sorcière, elle a des paroles qui poussent et elle aimerait bien se cacher derrière les contradictions, celles qui disent qu’elle est moche et jolie en même temps.

Rien rien rien, les mains se figent, la barrière se créée entre le bas du corps et le haut, une grosse frontière, on n’avance plus, ça ne sert à rien, un deux trois soleil, le soleil dans l’œil, je ne vois plus rien, je cours autours de la cage à écureuil, je veux grimper tout en haut de la cage et tenter d’essayer d’attraper le soleil pour le foutre dans la flaque et laisser la lune perpétuellement en l’air, ce serait la nuit, tous les chats sont gris, ce serait la nuit et tout le monde serait silence et dodo et alors moi je pourrais aller marcher dans les rues, tranquille, comme une chauve souris, je volerais de branche en branche, il ferait frais et je pousserais des petits cris sonars qui résonneraient contre les immeubles et les maisons, contre les arbres, les tractopelles. Mes petits cris iraient raisonner dans des trous en spirale, comme ça et ressortirais comme des tiges d’acier en panache.

L’angoisse c’est l’amour, l’amour c’est l’angoisse, tout le monde en parle et personne ne peut le saisir, ou tout du moins on pense qu’on l’a attrapé et puis c’est un vieux bouquet de fleurs qui se fane et pourtant tu auras essayé la javel et le sucre dedans l’eau pour que ça dure toujours.

Un jour je reviendrais, je reviendrais avec des tumultes aussi bref que mes respirations quand j’ai le souffle coupé par l’angoisse et la peur. J’irais en haut de la montagne et je plongerais toute nue dans une grosse mer de permanence, et je deviendrais un gros rocher, un pic dans la mer et les gens voudront nager jusqu’à moi et me grimper dessus pour faire bronzette sur moi et ils seront heureux et les siècles passeront tranquille et moi je serais dans la mer comme ça, comme une grosse géante figée mais qui s’en fou parce-qu’elle ne se souvient de rien et que juste elle est stable et forte, même si elle s’érode un peu avec les éléments, elle s’en fou si elle se brise des fois et que des bouts tombe dans l’eau.

Y’a sûrement un petit bout qui deviendrait un poisson content. Une chimie que des gens étudieraient un jour.

Regarde ! Un petit foulard qui vole !

La salope

Tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, pourquoi tu parles que de ça, pour quoi tu parles que de ça, pour quoi, pourquoi, pour-quoi, à quoi tu joues à quoi tu joues à quoi tu joues, je joues à rien, je ne sais pas faire autrement, j’en sais, rien, je divague, je me souviens, c’est comme ça que ça a toujours fonctionné chez nous, chez lui, chez eux et puis l’autre aussi et l’autre derrière qui n’en a pas l’air je t’assure, sans parler d’elle qui gueulait tout le temps et le grand final qui dérouillait par amour. Des fois je me lève le matin j’ai la rage, je m’énerve, je tape contre les murs, les murs dedans ma tête. Je grimpe dans ma tête, je grimpe par la petite échelle qui monte de ma chatte, en passant par le ventre, qui se fraye un petit chemin dans les organes, il pousse les intestins, le pancréas  et traverse dans le cœur trop gros, en bourrant le plexus solaire de bouts de coton en passant pour rigoler qu’est-ce qu’on se marre et provoquer les crises d’angoisse ; Enfin j’arrive à la tête, je fini en m’accrochant sur les bords de ma tête, en mode escalade Cliffhanger Sylvester Stallone la bouche de travers et j’arrive dedans et je tourne en rond, je tourne en rond et je racle les murs avec mes ongles et je donne des coups de pieds j’arrache des bouts et je fiche des coups de pieds, de poings, je crache contre les parois, je déteste ma tête, je déteste ma tête, je vous déteste, je me déteste, je les déteste, je déteste, je suis fatiguée de détester alors je déteste encore et encore, je hurle dedans comme une bête malade. Et surtout n’approche pas.

Il est où le petit lit dedans ma tête ? Avec la couette, je monterais dedans et puis je rabattrais la couette sur ma tête et puis il ferait chaud et noir et je ne verrais plus rien et ma tête arrêterait de cogiter comme une conne. Je ferais un gros dodo et je ne ferais de mal à rien, à personne.

Les bébés qui naissent ont besoin de caresses, les bébés qui naissent ont besoin d’intonations de voix gentilles, les enfants qui grandissent ont besoin de câlins, les enfants qui grandissent ont besoin qu’on leurs parlent comme à des petits oiseaux fragiles. Et si on n’en a pas, on se démerde sans, on se balade avec son caddie et on ramasse n’importe quoi qui ressemble à un truc qui brille.

Et après qu’est ce qu’on devient, quand est-ce que ça vient ?

Le monde c’est de la merde, il explose, il tranche, il découpe en morceaux, il perce les hymens de force, les culs, la bouche, le libre arbitre, il bourre de coups de poing dans la gueule, il détruit tout, il détruit tout.

Pourquoi tu te plains tout va bien, regarde la télévision tout va bien, va acheter des vêtements de marques bariolées, tout va bien, va manger des machins, pendant qu’on tranche la gorge des animaux et des gens, tout va bien, tout va bien. Papote en terrasse de tes peines de cœurs et aussi du travail que tu aurais bien aimé faire et là y’a que des têtes de mort qui te répondent, y’a que des futures cadavres. Arrête de faire chier avec ta dépression, prend du bon temps, trouve toi un mec, pars à la mer, achète toi des chaussures, dépêche toi de faire un enfant, tu vieillies.

Des flingues, des couteaux, des croix qui brûlent, des camions qui roulent sur les gens ou avec des gens dedans pour les déverser dans des trous, des trous énormes ou tout se décompose. La guerre et son industrie, les prisons et ses industries. « Machine » a fait une liposuccion, « Machin a fait un môme à Machine » et ils partent en vacances à la plage loin où y’a que de l’eau transparente et des requins, tes yeux dégouline de détresse mais tes sourcils sont tatoués, tu pourras sortir de l’eau avec tes beaux sourcils tatoués alors que tu as rasé les tiens parce-que tu ne les aime pas.

Les chairs, les organes, l’espoir, la vie elle-même, tout pourri au fond de la cuve.

« Un jour l’enfer sera rempli et les morts reviendront sur terre ».

Je ne dis pas, moi aussi j’ai dérouillé les autres, quand j’avais plus la force de m’en prendre à moi-même, sinon c’est simple j’aurais sauté du pont. Je les ai dérouillé, je les ai pris et retourné, j’ai cassé des gueules, des cœurs, des sourires, j’en ai mis des claques dans la gueule d’innocents, perverse et puis sadique, pour voir comment ça fait l’autre qui a mal à la place de toi pour changer. Genre je contrôle et je t’emmerde. Mais en fait ça sert à rien, de devenir méchante, ça fait mal surtout à toi, tu t’en fou de savoir que l’autre souffre, tout le monde souffre, laisse la vie faire, cette salope.

Ejac

J’ai jamais su dire pourquoi, j’ai jamais su dire pourquoi je n’avais aucune idée de ce que je pouvais bien faire ici, Je n’avais pas vraiment d’ambition quand à la teneur du courage, à savoir pourquoi il avait fallu reprendre la route, sur ce petit cours d’absence. Je ne savais pas pourquoi j’avais du refermer les mains sur un tas de souvenirs qui m’échappaient, j’avais préféré y mettre un terme en faisant tout un tas de choses absurdes comme me foutre en l’air à coups de bites ou bien de stupidités en bouteilles ou qui s’avalent dans un geste éreinté et sans mesures.

Les images de la télévision défilaient et je ne comprenais rien à rien. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ».

La première fois qu’on m’a pris un truc sans me demander mon avis gamine, je me suis demandé pourquoi les choses ne se passaient pas avec tendresse dans la vie, la première fois que j’ai pris un pain dans la gueule, je me suis demandé pourquoi la bienveillance n’est pas aussi naturelle qu’un soupir, la première fois qu’on m’a laissé tombé, je me suis demandé à quoi je pourrais bien me raccrocher.

Se raccrocher à rien, le néant, l’absence, la grosse flaque qui ressemble à un trou, si je me jette dedans le trou va se former, je pourrais alors trouver un bord, un bord où je pourrais accrocher mes mains et c’est sûr, quelqu’un va venir et me tendre la main.

Mais non, le sol est bien là, rien ne se dérobe en-dessous, le malheur est espiègle, il se cache derrière les arbres ou juste derrière tes cheveux et il sort comme le loup en fait « bouh », il t’attrape par les cheveux et  te prend par derrière que le sang gicle de ta chatte.

Il te tabasse à coups de pieds et de coups de poings et il te dit qu’il t’aime, t’es une grosse merde mais il t’aime, c’est juste que tu comprends tout de travers et que quand même c’est vraiment avec toi qu’il veut faire sa vie.

Papa était comme ça, il m’aimait, mais c’était une gentillesse hein, une faveur, parce-que quand même j’allais devenir pute.

Ce n’est pas possible autrement, il y a forcément une finalité. Une finalité aux gens qui se déplacent pour éviter de mourir ou devenir des esclaves, une finalité à devenir des machines à fric à grande vitesse avec le mal de dos, une finalité aux gamins que tu revends comme des choses, une finalité à savoir que quand tu seras vieux, il vaudra mieux être mort que demander la retraite et sans parler de l’enfance qu’on dit que c’est génial, mais que finalement il faut dire aux enfants de faire attention à ne pas perdre cette époque magique trop vite mais que c’est certain, un jour quelqu’un voudra enlever la culotte à ton enfance et te la virer comme ton hymen. Je sais, je sais, je sais.

Je ne vais pas bien, tu pense que je ne vais pas bien.

Peut-être que je ne vais pas bien, je bidouille avec les choses qu’on me propose tout en sachant que je peux imposer des trucs et en éviter d’autres, je marche, je cherche encore la flaque, je marche je cherche la flaque dans laquelle je pourrais me jeter.

Les rapports de force, la séduction, la parade nuptiale, la violence qui rôde comme une bête en rut, le pénis qui dirige la planète. Le poing, la bite, la chatte, le trou du cul, le fric, je te crache à la gueule, tout le monde hurle, les bombes qui explosent sur les chairs, les chairs qui se dissipent et l’autre avec ses oreilles décollées qui racontent les dernières nouvelles la gueule tartinée de fond de teint. Le pétrole, les diamants, la drogue, les flingues, les bitches qui remuent du cul sur la bagnole, la grosse branlette humaine, l’humain et quelqu’un de bien au fond, la grosse blague mondiale. Tom Cruise me fait peur.

Je sais que quand j’écris je deviens seule, je sais que quand je dessine je deviens seule, je sais que quand j’attends le bus, je deviens seule, je sais que quand je suis seule, je ne suis pas seule, la merde remonte toujours dans ma tête et je voudrais trouver un arbre ou une odeur qui me ferait sentir que je fais parti d’un tout cosmique et me fondre dedans et appeler mon grand-père au fond du jardin et qu’il vienne, que je lui montre un truc du doigt et qu’il rigole comme avant avec ses dents en or.

Les gens veulent vivre très vieux.

Tant mieux pour eux.