Des fois.

Parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Parfois je me sens bien.

Je ris, je souris, je montre mes dents, j’éclate de vie, je plisse les yeux de joie, je suis en bonne compagnie, je marche dans la rue, je vois les choses pleines et belles. Je suis sur les hauteurs, dans le quartier, je contemple, je suis contente, je suis heureuse, je me sens belle, je trouve que mes cheveux sentent bon. Je jouis dans les bras d’un homme, je partage le repas avec mon amie qui ressemble à une fleur.

Parfois je me sens bien, j’ai le corps souple et endurant, alerte, presque sautillant, bondissant, je vais, je viens, je monte les escaliers, je respire, j’aspire, j’inspire, tranquillement, apaisée, je ne crains aucun espace, aucune possibilité temporelle. J’ai envie d’être là, ouverte et magnifique, je me pomponne, je me caresse les cheveux, je suis une chatte malicieuse.

Parfois je me sens bien.

Parfois je me sens mal.

J’ai le squelette qui me fait mal. Je me souviens de lui qui me tord, me prend les cheveux pour cogner ma tête contre la porte, de moi couché par terre et lui qui me donne des coups de pieds. Les mensonges qui s’accumulent dans ma besace, la tromperie, la confiance qui éclate sous les chaussures, la détresse recroquevillée dans un coin de la pièce. Je m’en souviens, mon corps s’en souvient, j’ai mal, ça prend comme ça, comme un gémissement, un hurlement interne et secret.

Parfois je me sens mal, écrasée, tuméfiée du dedans, je suis morte trois fois j’ai compté, je suis là, parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Je suis revenue, à chaque fois, comme un zombie. Moi aussi des fois je mange les gens. Je préfère manger qu’être mangé. Je reste là assise dans le noir, j’attends que quelqu’un passe et je lui mort la cuisse, le cœur, l’envie de moi. Parfois je me sens bien, je me sens mal, je ne sais plus, ça ne sort pas, je suis prostrée, coincée, bouleversée, ça tape, ça cogne en dedans, la petite fille en dedans ne peut pas sortir, je ne la laisserais pas faire. Elle a aucune idée de ce que c’est, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su faire attention pour elle. C’est dégueulasse l’enfance, la vie, les pertes, celui qui est mort, qui ne reviendra jamais, j’aimerais tant lui dire que des fois je vais bien. Je sors de moi, je ne ressens plus rien, je suis gêné, l’autre ne m’atteint plus, je suis froide comme un cadavre, rigide, les yeux tourné en dedans. Je trouve tout le monde moche,  grimace, dégueulasse, la cours des miracles, un tas de corps jetés les uns sur les autres avec leurs portable dans la main à s’inventer une vie super.

Parfois je vais mal, parfois je vais bien.

Les gens, les gens pensent  savoir que quand on sourit c’est qu’on va bien. Les gens, les gens pensent que quand ton sourire est inversé, tu vas mal. Les gens, les gens ne savent pas que certains autres gens sont de bons comédiens, qu’on a eu de très bon professeurs géniteurs, qu’on sait très bien cacher les émotions, le Tanathos, le bordel interne, la rage qui te bouffe jusqu’à te sucer les côtes. Les gens aussi ne savent pas, qu’on change aussi avec le temps, qu’on change toute la journée et que parfois on prend toute la distance nécessaire pour arriver à revenir dans la vie, qu’on sort de notre cachette parce qu’il faut bien, ou alors on choisit de mourir pour de bon.

On aimerait bien que personne ne ressente ça, ce truc dément, sidérant, la solitude qui t’écrase sous son poids pendant qu’elle t’étrangle, elle te prendra le peu qui te reste. Ta dignité, ton courage, l’envie de continuer à aimer l’autre, elle te prendra tout, avec sa copine souffrance, elle fera en sorte que tu choisisses mal, c’est devenu trop insoutenable. Trop tout. L’abandon constant, l’autre qui te laisse tomber, volontairement ou maladroitement.

Tout ça tu le sais, tu le sais tout ça, des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.

Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.

Des fois quand tu vas mal, souviens toi que des fois tu vas bien. Un jour dans la tombe tu ne ressentiras plus rien.

Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Tu es vivant.

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