Ejac

J’ai jamais su dire pourquoi, j’ai jamais su dire pourquoi je n’avais aucune idée de ce que je pouvais bien faire ici, Je n’avais pas vraiment d’ambition quand à la teneur du courage, à savoir pourquoi il avait fallu reprendre la route, sur ce petit cours d’absence. Je ne savais pas pourquoi j’avais du refermer les mains sur un tas de souvenirs qui m’échappaient, j’avais préféré y mettre un terme en faisant tout un tas de choses absurdes comme me foutre en l’air à coups de bites ou bien de stupidités en bouteilles ou qui s’avalent dans un geste éreinté et sans mesures.

Les images de la télévision défilaient et je ne comprenais rien à rien. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ».

La première fois qu’on m’a pris un truc sans me demander mon avis gamine, je me suis demandé pourquoi les choses ne se passaient pas avec tendresse dans la vie, la première fois que j’ai pris un pain dans la gueule, je me suis demandé pourquoi la bienveillance n’est pas aussi naturelle qu’un soupir, la première fois qu’on m’a laissé tombé, je me suis demandé à quoi je pourrais bien me raccrocher.

Se raccrocher à rien, le néant, l’absence, la grosse flaque qui ressemble à un trou, si je me jette dedans le trou va se former, je pourrais alors trouver un bord, un bord où je pourrais accrocher mes mains et c’est sûr, quelqu’un va venir et me tendre la main.

Mais non, le sol est bien là, rien ne se dérobe en-dessous, le malheur est espiègle, il se cache derrière les arbres ou juste derrière tes cheveux et il sort comme le loup en fait « bouh », il t’attrape par les cheveux et  te prend par derrière que le sang gicle de ta chatte.

Il te tabasse à coups de pieds et de coups de poings et il te dit qu’il t’aime, t’es une grosse merde mais il t’aime, c’est juste que tu comprends tout de travers et que quand même c’est vraiment avec toi qu’il veut faire sa vie.

Papa était comme ça, il m’aimait, mais c’était une gentillesse hein, une faveur, parce-que quand même j’allais devenir pute.

Ce n’est pas possible autrement, il y a forcément une finalité. Une finalité aux gens qui se déplacent pour éviter de mourir ou devenir des esclaves, une finalité à devenir des machines à fric à grande vitesse avec le mal de dos, une finalité aux gamins que tu revends comme des choses, une finalité à savoir que quand tu seras vieux, il vaudra mieux être mort que demander la retraite et sans parler de l’enfance qu’on dit que c’est génial, mais que finalement il faut dire aux enfants de faire attention à ne pas perdre cette époque magique trop vite mais que c’est certain, un jour quelqu’un voudra enlever la culotte à ton enfance et te la virer comme ton hymen. Je sais, je sais, je sais.

Je ne vais pas bien, tu pense que je ne vais pas bien.

Peut-être que je ne vais pas bien, je bidouille avec les choses qu’on me propose tout en sachant que je peux imposer des trucs et en éviter d’autres, je marche, je cherche encore la flaque, je marche je cherche la flaque dans laquelle je pourrais me jeter.

Les rapports de force, la séduction, la parade nuptiale, la violence qui rôde comme une bête en rut, le pénis qui dirige la planète. Le poing, la bite, la chatte, le trou du cul, le fric, je te crache à la gueule, tout le monde hurle, les bombes qui explosent sur les chairs, les chairs qui se dissipent et l’autre avec ses oreilles décollées qui racontent les dernières nouvelles la gueule tartinée de fond de teint. Le pétrole, les diamants, la drogue, les flingues, les bitches qui remuent du cul sur la bagnole, la grosse branlette humaine, l’humain et quelqu’un de bien au fond, la grosse blague mondiale. Tom Cruise me fait peur.

Je sais que quand j’écris je deviens seule, je sais que quand je dessine je deviens seule, je sais que quand j’attends le bus, je deviens seule, je sais que quand je suis seule, je ne suis pas seule, la merde remonte toujours dans ma tête et je voudrais trouver un arbre ou une odeur qui me ferait sentir que je fais parti d’un tout cosmique et me fondre dedans et appeler mon grand-père au fond du jardin et qu’il vienne, que je lui montre un truc du doigt et qu’il rigole comme avant avec ses dents en or.

Les gens veulent vivre très vieux.

Tant mieux pour eux.

Façonnage bibiche du zine PEAU, zine Sex(y)
PEAU
Fanzine sex(y).
Pole Ka featuring Sarah Fisthole auto-édition.
Avec:
Anne Van der Linden
Beuh
Claire C
Claire Carré
Dav Guedin
Gwen Tomahawk
Julien Brunet
Mat le Malinard
Nadia von Foutre
Noémie Barsolle
Oxy Jenny
Pole Ka
Sarah Fisthole
Sarah George
Sophie Laronde
Wataru Kasahara
34 pages, 150 exemplaires, les 40 premiers couvertures sérigraphiées/ex. numérotés, reliés mains, ruban satin rouge sensuel.
Sortie le 2 juin 2016.
10 euros

PEAU
Fanzine sex(y).
Pole Ka featuring Sarah Fisthole auto-édition.

Avec:
Anne Van der Linden
Beuh
Claire C
Claire Carré
Dav Guedin
Gwen Tomahawk
Julien Brunet
Mat le Malinard
Nadia von Foutre
Noémie Barsolle
Oxy Jenny
Pole Ka
Sarah Fisthole
Sophie Laronde
Wataru Kasahara

34 pages, 150 exemplaires, les 40 premiers couvertures sérigraphiées/ex. numérotés, reliés mains, ruban satin rouge sensuel.
Sortie le 2 juin 2016.