Expo collective

J’expose quelques dessins avec d’autres artistes durant le festival des Cannotiers à Paris 20 en juin!

Article de Didier Kelvin dans la revue Quetton Larttotal, septembre 2014.

Mon dessin mignon/dégoutant La Goulue est dans le dernier numéro de TAD, le fanzine métaphilothématique marseillais

Ma Peur.

Au début, elle semblait ramper comme ça autour, je ne la remarquais pas vraiment. Une vague odeur, tout en courbures, perforait de temps en temps mes narines, je ne pouvais pas trop me dire qu’elle était probablement de retour, il me semblait être devenue bien trop forte pour qu’elle y parvienne de nouveau.

J’entendais que l’on chuchotait mon petit nom en bas du lit, ou derrière moi quand je lisais les modes d’emploi de tout un tas de chose en bois ou pas du tout. Je structurais petit à petit un nouvel espace que j’avais dû définir après avoir fuit juste avec ma culotte et mon peignoir. J’étais monté dans un taxi et les lampadaires me faisaient des signes en souriant, tout en ayant l’air désolés pour moi.

Mais il n’y avait pas de quoi, j’étais moi-même désolée pour moi et je pensais néanmoins qu’avec cette maison évaporée enfin, je pouvais repartir à la conquête de ce que j’avais commencé l’année de mes 14 ans, quand tout s’était arrêté net en départ.

Finalement, elle était restée là accroché sur mon dos ou autours de mon cou, comme un renard argenté, du genre chic et morbide, comme les dames dans les années fofolles.

Je crois qu’en fait, elle se rappelle à mon bon souvenir, je n’ai pas été très sympa avec elle ; elle qui m’a permis finalement de prendre la vraie décision et de me faire tenir dans mes campements sur les canapés, ou quand je tournais en rond dans le quartier de mes années d’étudiante en pleurant, je n’avais plus de chez moi, j’étais une habitante de nulle part. J’avais tant rêvé de ma maison à moi, moi qui n’existais pas, sans territoire, la seule grande pourriture dans mes tripes, je ne servais à rien ni personne, je n’avais pas de but, je ne ressemblais ni à ma mère, ni à mon père, j’étais destituée avant d’avoir pu même occuper un quelconque poste.

J’ai tourné en rond comme ça, avec elle. On prenait le bus ensemble, on regardait par la fenêtre, c’était Noel, les lumières, le château illuminé, faire ses courses seule, se souvenir des trois repas par jours et ce qu’on aimait, ou avait l’habitude de manger. Je ne savais plus rien, j’étais épuisée, mais heureusement elle, elle était là, pour me faire tenir, tourner, fonctionner, c’était un bon soutient. Je n’avais plus qu’elle.

Mes poignets me faisaient mal.

Ma cheville ne pouvait plus se plier.

Mes cheveux étaient tombés, je les ramassais par poignées.

La graisse avait recouvert mon visage, comme un petit matelas pour cacher mon squelette.

Il y avait eu ce trou béant dans mon œil.

Le temps passait, il n’y avait pas grand-chose de joyeux entre nous, mais elle me semblait la plus fidèle que j’ai pu rencontrer dans mon existence, elle était toujours là pour moi.

Elle m’avait fait faire des choses idiotes, mais pour une fois, elle m’avait permis de prendre la grande décision qui sauverait ma vie. Nos vies.

C’est vrai ça…qui a peur lorsqu’il est mort ?…

Ma peur.

Ma peur me traverse depuis tout le temps que je me souvienne. Je savais presque marcher que j’avais peur, je ne supportais pas l’éventualité de pouvoir trouver ce dont j’avais besoin. J’avais été éduqué comme cela. L’habitude de ne pas avoir ce dont on a besoin, les trucs qui t’aident à te construire. Elle rentrait comme ça doucement, par la fenêtre, la moquette, comme une espèce de moisissure qui prenait corps. Elle devenait un petit être rampant, puis énorme et grimpait sur le lit, elle marchait à quatre pattes et me montait dessus pour me faire suffoquer. Dès que je l’entendais ramper, je ne savais plus respirer. L’apnée.

« Tu n’y parviendras pas sans moi ».

Je n’y parvenais pas avec elle.

Elle avait l’air d’une espèce de maladie, que je pouvais soigner un peu, à coup d’alcool, de drogues, de plans cul à plusieurs ou en faisait du genre j’étais amoureuse. Mais combien de fois je m’étais surprise moi-même à discuter avec quelqu’un, sourire, répondre, relancer par une question et en boucle « j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur… ».

Parfois, je marchais tout du long de certains murs, dans certaines villes et j’espérais qu’au coin, quelqu’un viendrait et me dirait « j’ai compris, je sais, viens que je te rassure dans mes bras ». J’attendais, je tendais les mains, je fermais les yeux, j’avais l’air folle, pourtant c’était bien réel ce vide. Le vide prend corps, je vous l’assure. Ma peur, au moins elle était là. Je crois que si j’avais pu lui offrir une glace et deux ou trois robes jolies, on aurait pu être vraiment amies, genre comme la sœur que j’aurais aimé avoir ; seulement, je n’ai jamais vraiment su, si elle m’aimait ou si au contraire elle me voulait disparaitre à jamais. Alors là, quand j’ai reconnu qu’elle revenait toquer à la porte, je n’ai pas voulu d’elle. Je refusais qu’elle revienne, encore. Seulement, je me suis rendu compte dans mes rêves, que j’ai été bien cruelle avec elle, après tout, elle m’avait sauvé cette nuit là en me disant « va-t-en ! ». La porte enfin grande ouverte, j’avais traversé la cours, d’un pas empressé. Ma peur m’avait encouragée, « vas-y c’est bien, va-t-en, ne reviens plus jamais en arrière, laisse tout derrière toi ». Elle est venue avec moi, ma fidèle, ma terrible compagne, mon petit monstre agrippée. Après avoir trouvé un refuge, je lui ai dit que maintenant qu’elle avait suffisamment œuvrée et qu’il était temps qu’elle vive sa vie ailleurs, car j’avais perdu trop de temps avec elle, j’avais ma vie à faire. Je l’avais laissé de côté trop longtemps pour elle, ma Peur. Elle a compris, je crois, sur le moment, elle est partie comme un chiot abbatu que j’aurais disputé à cause du pipi sur le tapis, elle m’a laissé un peu de répits, je pensais qu’il en était fini de notre histoire. La voilà pourtant de retour, comme une maladie qui ne guérit jamais, le chien fidèle qui retrouve toujours son maitre aussi méchant soit-il; elle est là, je la sens accrochée à mon estomac, lovée comme un chaton dans son panier. Parfois elle bouge, elle m’empêche de respirer. Je deviens colère en un instant, je réfute, je distance, je protocole des mesures sécuritaires, je vais vers où je dois aller sans penser à rien. Elle me fait fuir l’autre, le monde, je ferme les rideaux, je me réveille à chaque heure de la nuit pour vérifier que je suis vivante et je fais comme si rien n‘existait, je ne veux rien savoir. Des fois, elle y arrive, elle me fait un clin d’œil, elle me fait penser à ces choses douloureuses, l’amour qui ne vient toujours pas, les bras rassurants, la solitude qui m’écrase comme un amant lourd et maladroit, le demain qui ne ressemble qu’à une flaque d’eau noire. Le dernier jour, lorsque je partirais  quelqu’un sera-t-il enfin là pour me regretter ? Dans ces moments, je déteste la lumière. Et toi aussi je te déteste.

Et alors, c’est là, dans la douche, sous le jet d’eau chaude, que j’ai compris. Je l’ai laissée grimper à mes côtés, monter dans mon ventre.

Sensible et tremblement.

Fureur et rancœur.

Chants.

Mélopées.

Soupir.

Vide.

A la recherche.

Ma chère et tendre Peur, je n’avais donc pas compris que c’était moi qui devais t’embrasser.

A paraitre

Parue dans le Turkey Comix 23

J’adore la montagne parue dans Turkey Comix numéro je sais plus, vers 2010/11 genre.

Le jour où je suis devenue une femme.

Parue dans Turkey Comix numéro 22.

Adaptation d’un texte personnel du même titre.