La salope

Tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, pourquoi tu parles que de ça, pour quoi tu parles que de ça, pour quoi, pourquoi, pour-quoi, à quoi tu joues à quoi tu joues à quoi tu joues, je joues à rien, je ne sais pas faire autrement, j’en sais, rien, je divague, je me souviens, c’est comme ça que ça a toujours fonctionné chez nous, chez lui, chez eux et puis l’autre aussi et l’autre derrière qui n’en a pas l’air je t’assure, sans parler d’elle qui gueulait tout le temps et le grand final qui dérouillait par amour. Des fois je me lève le matin j’ai la rage, je m’énerve, je tape contre les murs, les murs dedans ma tête. Je grimpe dans ma tête, je grimpe par la petite échelle qui monte de ma chatte, en passant par le ventre, qui se fraye un petit chemin dans les organes, il pousse les intestins, le pancréas  et traverse dans le cœur trop gros, en bourrant le plexus solaire de bouts de coton en passant pour rigoler qu’est-ce qu’on se marre et provoquer les crises d’angoisse ; Enfin j’arrive à la tête, je fini en m’accrochant sur les bords de ma tête, en mode escalade Cliffhanger Sylvester Stallone la bouche de travers et j’arrive dedans et je tourne en rond, je tourne en rond et je racle les murs avec mes ongles et je donne des coups de pieds j’arrache des bouts et je fiche des coups de pieds, de poings, je crache contre les parois, je déteste ma tête, je déteste ma tête, je vous déteste, je me déteste, je les déteste, je déteste, je suis fatiguée de détester alors je déteste encore et encore, je hurle dedans comme une bête malade. Et surtout n’approche pas.

Il est où le petit lit dedans ma tête ? Avec la couette, je monterais dedans et puis je rabattrais la couette sur ma tête et puis il ferait chaud et noir et je ne verrais plus rien et ma tête arrêterait de cogiter comme une conne. Je ferais un gros dodo et je ne ferais de mal à rien, à personne.

Les bébés qui naissent ont besoin de caresses, les bébés qui naissent ont besoin d’intonations de voix gentils, les enfants qui grandissent ont besoin de câlins, les enfants qui grandissent ont besoin qu’on leurs parlent comme à des petits oiseaux fragiles. Et si on n’en a pas, on se démerde sans, on se balade avec son caddie et on ramasse n’importe quoi qui ressemble à un truc qui brille.

Et après qu’est ce qu’on devient, quand est-ce que ça vient ?

Le monde c’est de la merde, il explose, il tranche, il découpe en morceaux, il perce les hymens de force, les culs, la bouche, le libre arbitre, il bourre de coups de poing dans la gueule, il détruit tout, il détruit tout.

Pourquoi tu te plains tout va bien, regarde la télévision tout va bien, va acheter des vêtements de marques bariolées, tout va bien, va manger des machins, pendant qu’on tranche la gorge des animaux et des gens, tout va bien, tout va bien. Papote en terrasse de tes peines de cœurs et aussi du travail que tu aurais bien aimé faire et là y’a que des têtes de mort qui te répondent, y’a que des futures cadavres. Arrête de faire chier avec ta dépression, prend du bon temps, trouve toi un mec, pars à mer, achète toi des chaussures, dépêche toi de faire un enfant, tu vieillies.

Des flingues, des couteaux, des croix qui brûlent, des camions qui roulent sur les gens ou avec des gens dedans pour les déverser dans des trous, des trous énormes ou tout se décompose. La guerre et son industrie, les prisons et ses industries. « Machine » a fait une liposuccion, « Machin a fait un môme à Machine » et ils partent en vacances à la plage loin où y’a que de l’eau transparente et des requins, tes yeux dégouline de détresse mais tes sourcils sont tatoués, tu pourras sortir de l’eau avec tes beaux sourcils tatoués alors que tu as rasé les tiens parce-que tu ne les aime pas.

Les chairs, les organes, l’espoir, la vie elle-même, tout pourri au fond de la cuve.

« Un jour l’enfer sera rempli et les morts reviendront sur terre ».

Je ne dis pas, moi aussi j’ai dérouillé les autres, quand j’avais plus la force de m’en prendre à moi-même, sinon c’est simple j’aurais sauté du pont. Je les ai dérouillé, je les ai pris et retourné, j’ai cassé des gueules, des cœurs, des sourires, j’en ai mis des claques dans la gueule d’innocents, perverse et puis sadique, pour voir comment ça fait l’autre qui a mal à la place de toi pour changer. Genre je contrôle et je t’emmerde. Mais en fait ça sert à rien, de devenir méchante, ça fait mal surtout à toi, tu t’en fou de savoir que l’autre souffre, tout le monde souffre, laisse la vie faire, cette salope.

Ejac

J’ai jamais su dire pourquoi, j’ai jamais su dire pourquoi je n’avais aucune idée de ce que je pouvais bien faire ici, Je n’avais pas vraiment d’ambition quand à la teneur du courage, à savoir pourquoi il avait fallu reprendre la route, sur ce petit cours d’absence. Je ne savais pas pourquoi j’avais du refermer les mains sur un tas de souvenirs qui m’échappaient, j’avais préféré y mettre un terme en faisant tout un tas de choses absurdes comme me foutre en l’air à coups de bites ou bien de stupidités en bouteilles ou qui s’avalent dans un geste éreinté et sans mesures.

Les images de la télévision défilaient et je ne comprenais rien à rien. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ».

La première fois qu’on m’a pris un truc sans me demander mon avis gamine, je me suis demandé pourquoi les choses ne se passaient pas avec tendresse dans la vie, la première fois que j’ai pris un pain dans la gueule, je me suis demandé pourquoi la bienveillance n’est pas aussi naturelle qu’un soupir, la première fois qu’on m’a laissé tombé, je me suis demandé à quoi je pourrais bien me raccrocher.

Se raccrocher à rien, le néant, l’absence, la grosse flaque qui ressemble à un trou, si je me jette dedans le trou va se former, je pourrais alors trouver un bord, un bord où je pourrais accrocher mes mains et c’est sûr, quelqu’un va venir et me tendre la main.

Mais non, le sol est bien là, rien ne se dérobe en-dessous, le malheur est espiègle, il se cache derrière les arbres ou juste derrière tes cheveux et il sort comme le loup en fait « bouh », il t’attrape par les cheveux et  te prend par derrière que le sang gicle de ta chatte.

Il te tabasse à coups de pieds et de coups de poings et il te dit qu’il t’aime, t’es une grosse merde mais il t’aime, c’est juste que tu comprends tout de travers et que quand même c’est vraiment avec toi qu’il veut faire sa vie.

Papa était comme ça, il m’aimait, mais c’était une gentillesse hein, une faveur, parce-que quand même j’allais devenir pute.

Ce n’est pas possible autrement, il y a forcément une finalité. Une finalité aux gens qui se déplacent pour éviter de mourir ou devenir des esclaves, une finalité à devenir des machines à fric à grande vitesse avec le mal de dos, une finalité aux gamins que tu revends comme des choses, une finalité à savoir que quand tu seras vieux, il vaudra mieux être mort que demander la retraite et sans parler de l’enfance qu’on dit que c’est génial, mais que finalement il faut dire aux enfants de faire attention à ne pas perdre cette époque magique trop vite mais que c’est certain, un jour quelqu’un voudra enlever la culotte à ton enfance et te la virer comme ton hymen. Je sais, je sais, je sais.

Je ne vais pas bien, tu pense que je ne vais pas bien.

Peut-être que je ne vais pas bien, je bidouille avec les choses qu’on me propose tout en sachant que je peux imposer des trucs et en éviter d’autres, je marche, je cherche encore la flaque, je marche je cherche la flaque dans laquelle je pourrais me jeter.

Les rapports de force, la séduction, la parade nuptiale, la violence qui rôde comme une bête en rut, le pénis qui dirige la planète. Le poing, la bite, la chatte, le trou du cul, le fric, je te crache à la gueule, tout le monde hurle, les bombes qui explosent sur les chairs, les chairs qui se dissipent et l’autre avec ses oreilles décollées qui racontent les dernières nouvelles la gueule tartinée de fond de teint. Le pétrole, les diamants, la drogue, les flingues, les bitches qui remuent du cul sur la bagnole, la grosse branlette humaine, l’humain et quelqu’un de bien au fond, la grosse blague mondiale. Tom Cruise me fait peur.

Je sais que quand j’écris je deviens seule, je sais que quand je dessine je deviens seule, je sais que quand j’attends le bus, je deviens seule, je sais que quand je suis seule, je ne suis pas seule, la merde remonte toujours dans ma tête et je voudrais trouver un arbre ou une odeur qui me ferait sentir que je fais parti d’un tout cosmique et me fondre dedans et appeler mon grand-père au fond du jardin et qu’il vienne, que je lui montre un truc du doigt et qu’il rigole comme avant avec ses dents en or.

Les gens veulent vivre très vieux.

Tant mieux pour eux.